« Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde » de Catherine d'Amboise

Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde

La Plus Belle : Paula Seling
Paula Seling Par Véronique3

Anges, Trônes et Dominations,
Principaultés, Archanges, Chérubins,
Inclinez-vous aux basses régions
Avec Vertus, Potestés, Seraphins,
Transvolitez des haults cieux cristalins
Pour decorer la triumphante entrée
Et la très digne naissance adorée,
Le saint concept par mysteres tres haults
De celle Vierge, ou toute grace abonde,
Decretee par dits imperiaulx
La plus belle qui jamais fut au monde. Continuer la lecture de « « Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde » de Catherine d'Amboise »

« La Belle au Bois dormait… » de Paul Verlaine

La Belle au Bois dormait

La Belle au Bois dormait. Cendrillon sommeillait.
Madame Barbe-bleue ? elle attendait ses frères ;
Et le petit Poucet, loin de l’ogre si laid,
Se reposait sur l’herbe en chantant des prières.

L’Oiseau couleur-du-temps planait dans l’air léger
Qui caresse la feuille au sommet des bocages
Très nombreux, tout petits, et rêvant d’ombrager
Semaille, fenaison, et les autres ouvrages.

Les fleurs des champs, les fleurs innombrables des champs,
Plus belles qu’un jardin où l’Homme a mis ses tailles,
Ses coupes et son goût à lui, – les fleurs des gens ! –
Flottaient comme un tissu très fin dans l’or des pailles, Continuer la lecture de « « La Belle au Bois dormait… » de Paul Verlaine »

« Nina » d'Émile Zola

Nina

Ami, te souviens-tu de la tombe noircie,
Tout au bord d’une allée, à demi sous les fleurs,
Qui nous retint longtemps et nous laissa rêveurs.
Le marbre en est rongé par les vents et la pluie.
Elle songe dans l’herbe et, discrète, se tait,
Souriante et sereine au blond soleil de mai.

Elle songe dans l’herbe, et, de sa rêverie,
La tombe chastement, à ceux qui passent là,
Ne livre que le nom effacé de Nina.

Ah! garde ton secret, pauvre petite pierre,
Et laisse se vanter tes orgueilleuses sœurs
De couvrir de leur marbre une illustre poussière:
Ton silence en dit plus que leurs regrets menteurs.
Je suis las de ces morts vivant au cimetière
Et pleurés en public par de bruyants sanglots.
J’aime à trouver en toi la pudeur des tombeaux.

On la nommait Nina, la pâle ensevelie.
Dis, combien de baisers lui donna le printemps ?
Dans quel rêve s’est-elle à jamais endormie ?
Qui fit-elle souffrir ? qui pleure ses quinze ans ?
On ne sait. L’enfant dort sous les fleurs, et la terre
Lui fait de mousse verte un pudique suaire,
Et, lorsqu’on l’interroge, à voix basse répond :
« On la nommait Nina, je ne sais que son nom. »

Eh bien! c’en est assez pour le cœur du poète.
Un nom gai sur la lèvre et parfumé d’amour
Suffit pour le sourire et le rêve d’un jour.
La mort n’a que seize ans, quand la tombe est muette.
D’hier elle est couchée, et son front virginal
Porte encore au cercueil la couronne du bal.

Laisse-moi te ravir ta blanche fiancée,
Dalle froide où Nina berce son long sommeil.
Je veux jusqu’au matin attendre, à son réveil,
Le rire du salut sur sa lèvre glacée;
Laisse-moi l’évoquer, l’aimer selon mon cœur,
Lui donner blonds cheveux, oeil noir, mignonne bouche,
Et, la faisant lever à demi sur sa couche,
Au front laisse-la-moi baiser comme une sœur.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ami, te souviens-tu, nous la rêvâmes belle,
Et depuis, bien souvent, sans jamais parler d’elle,
Nos regards se sont dit, dans un dernier regret :
«  Si je l’avais connue,  oh ! Ninette vivrait ! »

Émile Zola

Poème Nina d'Émile Zola
Comparing Apples and Oranges par Helga Weber

« À Fanny » d’André Chénier

« À Fanny » (III)

[singlepic id=147 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Fanny, l’heureux mortel qui près de toi respire
Sait, à te voir parler et rougir et sourire,
De quels hôtes divins le ciel est habité.
La grâce, la candeur, la naïve innocence
Ont, depuis ton enfance,
De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

Sur tes traits, où ton âme imprime sa noblesse,
Elles ont su mêler aux roses de jeunesse
Ces roses de pudeur, charmes plus séduisants,
Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage,
De ce miel dont le sage
Cherche lui-même en vain à défendre ses sens.

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« Ô ma belle rebelle » de Jean-Antoine de Baïf

Marie

Ô ma belle rebelle

Ô ma belle rebelle,
Las, que tu m’es cruelle !
Ou quand d’un doux souris,
Larron de mes espris,
Ou quand d’une parolle
Mignardetement molle,
Ou quand d’un regard d’yeux
Fierement gracieux,
Ou quand d’un petit geste
Tout divin, tout celeste,
En amoureuse ardeur
Tu plonges tout mon coeur.
O ma belle rebelle,
Las, que tu m’es cruelle !
Quand la cuisante ardeur,
Qui me brusle le coeur,
Fait que je te demande
A sa bruslure grande
Un rafraichissement
D’un baiser seulement.
O ma belle rebelle
Las, que tu m’es cruelle !
Quand d’un petit baiser
Tu ne veux m’apaiser,
Mais par tes fines ruses
Tousjours tu m’en refuses,
Au lieu d’allegement
Acroissant mon tourment.

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« Quand on ne cherche qu'à se plaire » de Denis Sanguin de Saint-Pavin

Quand on ne cherche qu’à se plaire

se plaire
Miroir d’eau – Bordeaux Par Philippe Gillotte

Quand d’un esprit doux et discret
Toujours l’un à l’autre on défère,
Quand on se cherche sans affaire
Et qu’ensemble on n’est pas distrait ;

Quand on n’eut jamais de secret
Dont on se soit fait un mystère,
Quand on ne cherche qu’à se plaire,
Quand on se quitte avec regret ; Continuer la lecture de « « Quand on ne cherche qu'à se plaire » de Denis Sanguin de Saint-Pavin »