Poème de Béatrice de Die

Jeune femme prénommée Béatrice

Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j’ai fort à me plaindre de celui dont je suis l’amie
Je l’aime plus que tout au monde
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l’être
Si je n’avais pas le moindre charme.

Une chose me console : jamais, je n’eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n’aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d’autres. Continuer la lecture de « Poème de Béatrice de Die »

« Le ciel avoit decouvert ses beaux yeus » de Philibert Bugnyon

Jeune femme à forte poitrine : Stormy Daniels

Le ciel avoit decouvert ses beaux yeus

Le ciel avoit decouvert ses beaux yeus,
Pour eclairer la nuit sombre et obscure,
Quand j’apperceu la vive pourtraiture
De celle, ou git mon espoir gracieus.

Je fu trompé par l’espoir radieus
Que ses flambeaux jettoient à l’avanture,
Sur le plus haut de ma propre stature,
Qui luy servoit d’objet delicieus.

Si lustre étoit, et limpide sa veuë,
Si transparent et si tres-emouluë,
Qu’elle excedoit en lueur, les etoiles :

Je ne la peu jamais voir à plaisir,
Bien que tel fu mon envieus desir,
Tant s’opposoient devant mes yeus de voiles.

Philibert Bugnyon

« La Jeune Veuve » – Jean de la Fontaine

La Jeune Veuve

Jeune Veuve
Le Jour ni l’Heure 1338 : portrait de femme, première moitié du XVIe s., salle des François Clouet, musée Condé, château de Chantilly, Oise, mercredi 18 avril 2012, 12:09:38
Par Renaud Camus

La perte d’un époux ne va point sans soupirs.
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
Sur les ailes du Temps la tristesse s’envole ;
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la Veuve d’une année
Et la veuve d’une journée
La différence est grande : on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne.
L’une fait fuir les gens, et l’autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s’abandonne ;
C’est toujours même note et pareil entretien :
On dit qu’on est inconsolable ;
On le dit, mais il n’en est rien,
Comme on verra par cette Fable,
Ou plutôt par la vérité.
L’Epoux d’une jeune beauté
Partait pour l’autre monde. A ses côtés sa femme
Lui criait : Attends-moi, je te suis ; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s’envoler.
Le Mari fait seul le voyage.
La Belle avait un père, homme prudent et sage :
Il laissa le torrent couler.
À la fin, pour la consoler,
Ma fille, lui dit-il, c’est trop verser de larmes :
Qu’a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
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