« Fata Morgana » par André Breton

Ce matin la fille de la montagne tient sur ses genoux

un accordéon de chauves-souris blanches

Un jour un nouveau jour cela me fait penser à un

objet que je garde

Alignés en transparence dans un cadre des tubes en

verre de toutes les couleurs de philtres de liqueurs

Qu’avant de me séduire il ait dû répondre peu importe

à quelque nécessité de représentation commerciale

Pour moi nulle œuvre d’art ne vaut ce petit carré fait

de l’herbe diaprée à perte de vue de la vie

Un jour un nouvel amour et je plains ceux pour qui

l’amour perd à ne pas changer de visage

Comme si de l’étang sans lumière la carpe qui me tend

à l’éveil une boucle de tes cheveux

N’avait plus de cent ans et ne me taisait tout ce que

je dois pour rester moi-même ignorer

Un nouveau jour est-ce bien près de toi que j’ai dormi

J’ai donc dormi j’ai donc passé les gants de mousse

Dans l’angle je commence à voir briller la mauvaise

commode qui s’appelle hier

Il y a de ces meubles embarrassants dont le véritable office est de cacher des issues Continuer la lecture de « « Fata Morgana » par André Breton »

« El Desdichado » de Gérard de Nerval

El Desdichado

Desdichado
Palacio de Dar al-Horra Par Landahlauts

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie. Continuer la lecture de « « El Desdichado » de Gérard de Nerval »

« Christine » de Charles-Marie Leconte de Lisle

Christine

Christine
Christine at New Years Par seanhagen

Une étoile d’or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline :
– Pourquoi pleures-tu, petite Christine ?
Il est tard, dormons.

– Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère :
Les pleurs me sont doux.

La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l’âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l’humble demeure :
– Qui donc vient ici ? Continuer la lecture de « « Christine » de Charles-Marie Leconte de Lisle »