« Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy

Amour déchirure

Mon amour, ma passion, ma douleur
Je me meurs en toi, mon coeur est en pleurs
Je veux te voir, te revoir et encore te revoir
Jusqu’à la déchirure, jusqu’au désespoir
Caresser ta peau, m’imprégner de tes senteurs
Sentir tes courbes généreuses, ouïr ton cœur
Honnir ce qui fait ta déprime, abhorrer ta peur
Tes élans métaphysiques et ton anti-mémoire
Ta douce schizophrénie minée par l’espoir Continuer la lecture de « « Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy »

« Amour, adieu… » de Pierre de Brach

Amour, adieu…

Amour, adieu, je prends congé de toi
Amour, adieu, je m’en vais, je te laisse,
Je ne veux plus aimer cette maîtresse
Qui m’a tenu si longtemps en émoi.

Je ne veux plus la voir rire de moi,
S’éjouissant de me voir en tristesse.
Ni son bel oeil, qui m’oeillade sans cesse,
Ni de sa bouche une parjure foi,

Ni sa beauté, de moi tant admirée,
Ni de ses yeux une flèche tirée,
Ne me vaincront pour me rendre encor sien. Continuer la lecture de « « Amour, adieu… » de Pierre de Brach »

« Source de mes pleurs, arrêtez » de Christofle de Beaujeu

Source de mes pleurs, arrêtez

Source de mes pleurs, arrêtez
En ce lieu votre vite course,
Pour ouïr chanter les beautés
D’une qui est devenue Ourse,
Que les Dieux punissant ainsi
Ont mise en ce rocher ici.

Je veux aussi mon mal chanter,
Où toujours plus constant je dure,
Voulant désormais habiter
Auprès de cette roche dure,
Où ma maîtresse d’autrefois,
Pourra toujours ouïr ma voix.

Je lui disais bien que les Dieux
Puniraient sa cruauté fière ;
Ainsi la vengeance des Cieux
L’a mise ici pour forestière,
Où je veux ermite mourir,
Afin de la pouvoir servir.

Ces belles mains que j’aimais tant
Sont ores deux pattes velues,
Qui vont maint rocher éclatant,
Et maint arbre voisin des nues.
Au lieu de deux monts albatrins
Elle a vingt ou trente tétins.

Ses yeux sur tous autres beaux
Ne sont plus de l’Amour les armes,
Ce ne sont plus ces deux flambeaux
Qui m’ont tant fait verser de larmes.
Hélas ! beaux yeux, pour vos méfaits,
Vous serez ainsi à jamais !

Ce teint poli dont j’avais peur,
Que j’aimais, qui était ma crainte,
N’a plus rien de cette blancheur
Dont j’ai encore l’âme atteinte :
Ce n’est plus qu’un gros poil tanné.
Hélas ! que j’en suis étonné !

Cette bouche, embellie autour
De deux rangs de perles naïves,
N’est plus la bouche où cet Amour
Trouvait ces atteintes si vives,
Ces roses vermeilles ne sont
Comme autrefois dessus son front. Continuer la lecture de « « Source de mes pleurs, arrêtez » de Christofle de Beaujeu »

« Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière » de Christofle de Beaujeu

Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière

Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière,
Si j’oublie les mots que j’endure pour toi,
J’en suis si indigné quand je m’en ramentois
Que toujours je voudrais que tu me fusses fière.

Je voudrais que toujours ta rigueur fût entière,
Et que toujours ton feu s’irritât contre moi,
Afin que l’on connût plus clairement ma foi,
Mon amour, mon désir, et ma constance entière, Continuer la lecture de « « Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière » de Christofle de Beaujeu »

« Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau

Quand tu me vois baiser tes bras

Stances

Quand tu me vois baiser tes bras,
Que tu poses nus sur tes draps,
Bien plus blancs que le linge même,
Quand tu sens ma brûlante main
Se pourmener dessus ton sein,
Tu sens bien, Cloris, que je t’aime.

Comme un dévot devers les cieux,
Mes yeux tournés devers tes yeux,
A genoux auprès de ta couche,
Pressé de mille ardents désirs,
Je laisse sans ouvrir ma bouche,
Avec toi dormir mes plaisirs. Continuer la lecture de « « Quand tu me vois baiser tes bras » de Théophile de Viau »

« Qu'il connaît qu'on feint de l'aimer » d'Honoré d’Urfé

Qu’il connaît qu’on feint de l’aimer

Elle feint de m’aimer, pleine de mignardise,
Soupirant après moi, me voyant soupirer,
Et par de feintes pleurs témoigne d’endurer
L’ardeur que dans mon âme elle connaît éprise.

Le plus accort amant, lorsqu’elle se déguise,
De ses trompeurs attraits ne se peut retirer :
Il faut être sans coeur pour ne point désirer
D’être si doucement déçu par sa feintise.

Je me trompe moi-même au faux bien que je vois,
Et mes contentements conspirent contre moi.
Traîtres miroirs du coeur, lumières infidèles,

Je vous reconnais bien et vos trompeurs appas :
Mais que me sert cela, puisqu’Amour ne veut pas,
Voyant vos trahisons, que je me garde d’elles ?

Honoré d’Urfé

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Abismos de Pasión Par Sebastián-Dario

VIII de Vincent Muselli

VIII

Combien de fois j’ai subi vos courroux,
Combien de fois bravé vos regards sombres,
Mais, en marchant, Madame, auprès de vous,
Combien de fois j’ai mêlé nos deux ombres !

Vincent Muselli
« Épigrammes »

 

« FURIEUSEMENT » de Lucie Delarue-Mardrus

FURIEUSEMENT

Je veux te prendre, toi que je tiens haletante
Contre mes seins, les yeux de noirs de consentement ;
Je veux te posséder comme un amant,
Je veux te prendre jusqu’au cœur !…Je veux te prendre !…

Ah ! rouler ma nudité sur ta nudité,
Te fixer, te dévorer les yeux jusqu’à l’âme,
Te vouloir, te vouloir !… Et n’être qu’une femme
Sur le bord défendu de la félicité !…

Et m’assouvir d’une possession ingrate
Qui voudrait te combler, t’atteindre, t’éventrer,
Et qui n’est rien qu’un geste vain d’ongle fardé
Fouillant de loin ta chair profonde et délicate !…

Lucie Delarue-Mardrus

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Kiss In (11) – 26Sep09, Paris (France) Par philippe leroyer