Poème d'amour pour Hélène – René Guy Cadou

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

René Guy Cadou

 

Helene Sedelmayer (12 May, 1813 - 18 November, 1898) Par 1way2rock

« Plainte pour le quatrième centenaire d'un amour » de Louis Aragon

Plainte pour le quatrième centenaire d’un amour

L’amour survit aux revers de nos armes
Linceul d’amour à minuit se découd
Les diamants naissent au fond des larmes
L’avril encore éclaire l’époque où
S’étend sur nous cette ombre aux pieds d’argile
Jeunesse peut rêver la corde au cou
Elle oublia Charles-Quint pour Virgile
Les temps troublés se ressemblent beaucoup
Abandonnant le casque et la cantine
Ces jeunes gens qui n’ont jamais souri
L’esprit jaloux des paroles latines
Qu’ont-ils appris qu’ils n’auront désappris
Ces deux enfants dans les buissons de France
Ressemblent l’Ange et la Vierge Marie
Il sait par cœur Tite-Live et Térence
Quand elle chante on dirait qu’elle prie
Je l’imagine Elle a les yeux noisette
Je les aurai pour moi bleus préférés
Mais ses cheveux sont roux comme vous êtes
O mes cheveux adorés et dorés
Je vois la Saône et le Rhône s’éprendre
Elle de lui comme eux deux séparés
Il la regarde et le soleil descendre
Elle a seize ans et n’a jamais pleuré
Les bras puissants de ces eaux qui se mêlent
C’est cet amour qu’ils ne connaissent pas Continuer la lecture de « « Plainte pour le quatrième centenaire d'un amour » de Louis Aragon »

« Le véritable amant » de Simon Boucoing

Le véritable amant

Les bons amants deux cœurs en un assemblent,
Penser, vouloir, mettent en un désir,
Un chemin vont, jamais ne se dessemblent ;
Ce que l’un veut, l’autre l’a à plaisir.
Point ne les vient jalousie saisir
En vrai amour, car de mal n’ont envie
Amour est bonne ; jaloux ont male vie.

En telle amour l’un l’autre ne mécroit,
Jamais entre eux n’a aucun contredit,
Ce que l’un dit, pour vrai l’autre le croit ;
Nul refus n’a entre eux, en fait ni dit ;
L’un pense bien que l’autre n’a rien dit
Que vérité, et que point ne ferait
Aucune chose que faire ne devrait.

Si par fortune adversité advient
À celle dame qui en amour le tient,
Ou si malade soudainement devient
De meilleur cœur il l’aime et l’entretient ;
La douleur d’elle en son cœur il soutient.
Plus l’aimera ainsi par vérité,
Qu’il ne fera en sa prospérité.

Et si, par mort, l’un d’eux est départi,
Le survivant jà autre n’aimera,
Ni ne prendra jamais autre parti
Car en son cœur l’amour de l’autre aura ;
Comment haïr l’ami soudain pourra
Ce qu’il aimait de coeur si doucement !
Possible n’est de le faire aucunement.

Voyez la teurtre*, qui tant ce fait escorte ;
Quand l’une d’elles sa compagne tôt perd,
La survivante toujours sur branche morte
Prendra repos en grand regret expert.
Chacun connaît que c’est un fait apert
Car sa nature à telle amour ouverte
Qu’el’ ne s’assied plus dessus branche verte.

Simon Boucoing

(*) Tourterelle

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Les Amants Par xo-mox

« Celle du jardin » d'Émile Verhaeren

Celle du jardin

Je vis l’Ange gardienne en tel jardin s’asseoir
Sous des nimbes de fleurs irradiantes
Et des vignes comme en voussoir ;
Auprès d’elle montaient des héliantes.

Ses doigts, dont les bagues humbles et frêles
Entouraient la minceur d’un cercle de corail,
Tenaient des couples de roses fidèles
Noués de laine et scellés d’un fermail, Continuer la lecture de « « Celle du jardin » d'Émile Verhaeren »

« Une bonne Fortune » d'Alfred de Musset

Une bonne Fortune

Bonne Fortune
Madge Macbeth costumed as a gypsy fortune teller / Madge Par BiblioArchives / LibraryArchives
Macbeth déguisée en diseuse de bonne aventure

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime. Continuer la lecture de « « Une bonne Fortune » d'Alfred de Musset »