« Départ pour le sabbat » d'Aloysius Bertrand

Départ pour le sabbat

Extrait

Elle se leva la nuict, et allumant de la chandelle, print une bouëtte et s’oignit, puis avec quelques paroles, elle fut transportée au Sabbat.
Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe à la bière, et chacun d’eux avait pour cuillère l’os de l’avant-bras d’un mort.
La cheminée était rouge de braise, les chandelles champignonnaient dans la fumée, et les assiettes exhalaient une odeur de fosse au printemps.
Et lorsque Maribas riait ou pleurait, on entendait comme geindre un archet sur les trois cordes d’un violon démantibulé.
Cependant le soudard étala diaboliquement sur la table, à la lueur du suif, un grimoire où vint s’abattre une mouche grillée.
Cette mouche bourdonnait encore lorsque de son ventre énorme et velu une araignée escalada les bords du magique volume.
Mais déjà sorciers et sorcières s’étaient envolés par la cheminée, à califourchon qui sur le balais, qui sur les pincettes, et Maribas sur la queue de la poêle.

Aloysius Bertrand
« Gaspard de la nuit »

Départ pour le Sabbat
umbará, curitiba Par Mathieu Struck

Mais déjà sorciers et sorcières s’étaient envolés par la cheminée, à califourchon qui sur le balais, qui sur les pincettes, et Maribas sur la queue de la poêle. Mais déjà sorciers et sorcières s’étaient envolés par la cheminée, à califourchon qui sur le balais, qui sur les pincettes, et Maribas sur la queue de la poêle.

« Le Soir sur l'eau » d'Aloysius Bertrand

Le Soir sur l’eau

La noire gondole se glissait le long des palais de marbre,
comme un bravo qui court à quelque aventure de nuit, un
stylet et une lanterne sous sa cape.

Un cavalier et une dame y causaient d’amour : – « Les
orangers si parfumés, et vous si indifférente ! Ah !
signora, vous êtes une statue dans un jardin !

– Ce baiser est-il d’une statue, mon Georgio ? pourquoi
boudez-vous ? – Vous m’aimez donc ? – Il n’est pas au
ciel une étoile qui ne le sache et tu ne le sais pas ?

– Quel est ce bruit ? – Rien, sans doute le clapotement
des flots qui monte et descend une marche des escaliers
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« Mme de Montbazon » d'Aloysius Bertrand

Mme de Montbazon

La suivante rangea sur la table un vase de fleurs et les flambeaux de cire, dont les reflets moiraient de rouge et de jaune les rideaux de soie bleue au chevet du lit de la malade.

« Crois-tu, Mariette, qu’il viendra ? – Oh ! dormez, dormez un peu, Madame ! – Oui, je dormirai bientôt pour rêver à lui toute l’éternité. »

On entendit quelqu’un monter l’escalier. « Ah ! si c’était lui ! » murmura la mourante, en souriant, le papillon des tombeaux déjà sur les lèvres.

C’était un petit page qui apportait de la part de la reine, à Mme la duchesse, des confitures, des biscuits et des élixirs sur un plateau d’argent. Continuer la lecture de « « Mme de Montbazon » d'Aloysius Bertrand »