« Automne » par Albert Samain

Paysage d'Automne à Aix-en-Provence

Automne

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L’Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s’afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d’or qui vibrait sans repos
S’est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l’enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d’une enclume ou l’aboiement d’un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Continuer la lecture de « « Automne » par Albert Samain »

« Comme une grande fleur… » par Albert Samain

Comme une grande fleur…

Fleur de la Saint-Valentin
Rose jaune reçu pour la Saint Valentin. Par Errol ImagesMedia

Comme une grande fleur trop lourde qui défaille,
Parfois, toute en mes bras, tu renverses ta taille
Et plonges dans mes yeux tes beaux yeux verts ardents,
Avec un long sourire où miroitent tes dents…
Je t’enlace ; j’ai comme un peu de l’âpre joie
Du fauve frémissant et fier qui tient sa proie. Continuer la lecture de « « Comme une grande fleur… » par Albert Samain »

Clydie d'Albert Samain

Clydie

Un très vieux banc
Un très vieux banc Par Dude Pascalou

Sur le vieux banc qu’ombrage un vert rideau de vigne
Clydie aux bandeaux purs, Clydie au col de cygne
Dévide, pour broder des oiseaux et des fleurs,
Un écheveau de soie aux brillantes couleurs.
Devant elle Palès tient, comme elle l’ordonne,
Sur ses petites mains l’écheveau monotone,
Et laissant par moments échapper un soupir
Remonte un peu le bras que l’ennui fait fléchir.
Le fil court. Par instants la blanche fiancée
Suspend sa main qui tourne et, soudain oppressée
Des premières langueurs de sa jeune saison,
Rêve au temps qui viendra de quitter la maison…
Alors comme un oiseau qui voit la cage ouverte
Palès se tourne et mord dans une pomme verte.

Albert Samain

« L'indifférent » d'Albert Samain

L’indifférent

Dans le parc vaporeux où l’heure s’énamoure,
Les robes de satin et les sveltes manteaux
Se mêlent, reflétés au ciel calme des eaux,
Et c’est la fin d’un soir infini qu’on savoure.

Les éventails sont clos ; dans l’air silencieux
Un andante suave agonise en sourdine,
Et, comme l’eau qui tombe en la vasque voisine,
L’amour tombe dans l’âme et déborde des yeux.

Les grands cils allongés palpitent leurs tendresses ;
Fluides sous les mains s’arpègent les caresses ;
Et là-bas, s’effilant, solitaire et moqueur,

L’Indifférent, oh ! las d’Agnès ou de Lucile,
Sur la scène, d’un geste adorable et gracile,
Du bout de ses doigts fins sème un peu de son cœur.

Albert Samain

« Au jardin de l’infante »

l'indifférent
“The love of heaven makes one heavenly.” –Shakespeare Par Chovee

« Un beau soir d'Italie » d'Albert Samain

Un beau soir d’Italie

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions… Toi, câline et d’Amour amollie,
Tu regardais, bercée au coeur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance :
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants ! Continuer la lecture de « « Un beau soir d'Italie » d'Albert Samain »

« Ton Souvenir est comme un livre… » – Albert Samain

Ton Souvenir est comme un livre…

Doux Souvenir
En Doux Souvenirs …. In quiet memory … Ray charles  » …  » Sorry seems to be the hardest word  » Par gmayster01 on & off …

Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé,
Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes vœux,
Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l’art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Continuer la lecture de « « Ton Souvenir est comme un livre… » – Albert Samain »

« À la Luxure » d'Albert Samain

À la Luxure

Sorcière de Bohême aux philtres souterrains.
Suceuse de cerveaux, et Dompteuse des reins.

Je te salue, ô très occulte, ô très profonde,
Luxure, Pavillon de ténèbres du monde.

Luxure, avènement des sens à la splendeur.
Diadème de stupre et manteau d’impudeur.

Nudité. Jardin rose et divin de la femme.
Paradis de la chair qui fait sangloter l’âme.

Longs cheveux balayant l’air enivré des soirs.
Sombre incantation des odeurs. Parfums noirs.

Continuer la lecture de « « À la Luxure » d'Albert Samain »