« Fenêtre de Hutte » de Paul Celan

Fenêtre de Hutte

Sombre, l’œil :
comme fenêtre de hutte. Il rassemble
ce qui fut monde, reste monde : l’Est
qui erre, ceux
qui planent, les
Hommes-et-les-Juifs,
le peuple-des-nuées, magnétiquement,
te hâle, terre,
de ses doigts de coeur:
tu viens, tu viens,
demeure nous aurons; demeure, quelque chose

_ un souffle ? un nom ? _

parcourt l’étendue orpheline,
agile, massif,
l’aile de
l’ange, lourde d’invisible, au
pied écorché, qu’amarre
par le poids de sa tête
la grêle noire qui
tombait là-bas aussi, à Witebsk,

_ et eux, qui la semaient, ils
la rayent de
leur griffe, mimétique, de poing blindé! _

quelque chose va, parcourt,
quête,
quête vers le bas,
quête vers le haut, au loin, quête
de l’œil, arrache
Alpha du Centaure, Arcturus, arrache
de surcroît le rayon, hors des tombes,

va vers Ghetto, vers Eden, recueille
la constellation dont lui,
l’homme, a besoin pour demeure, ici,
parmi les hommes,

mesure
les lettres et l’âme mortelle _
immortelle de ces lettres,
va vers Aleph et Jud et va plus loin,

le bâtit, le bouclier de David, le fait
s’embraser, une fois,

le fait s’éteindre _ le voici qui se tient,
invisible, qui se tient
près d’Alpha et d’Aleph, près de Jud,
près des autres, près de
tous : en
toi,

Beth, _ c’est
la maison où la table se tient avec
la lumière et la lumière.

 

Fenêtre de Hutte

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