« L'automne et l'écho » de Guillaume Apollinaire

L’automne et l’écho

Je suis soumis au chef du signe de l’automne
Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Et je vis anxieux dans un concert d’odeurs

Mon automne éternel ô ma saison mentale
Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol
Les fleurs ne laissent plus tomber aucun pétale
Les colombes le soir tentent un dernier vol

Or ma vie est debout sur un socle stylite
Vaine qui voit venir les foules que j’attends
Et vers elle souvent mon amante contrite
Vient murmurer L’amour est bleu couleur du temps

Moi je regarde les passants Leurs bouches sèches
Me disent leurs désirs au soleil embrasés
Tel qui songe à l’été voudrait mûrir les pêches
Et tel pour sa laideur demande des baisers

Je regarde et j’écoute et j’entends chaque plainte
Répétée et la plaine et les monts et les bois
S’éveillent et surpris moi je cherche une empreinte
Aux sites où riait l’imiteuse des voix

Puis lorsque j’ai trouvé la place tiède encore
Où je m’étends j’imite des cris incertains
Mais las sur ma clameur toujours la voix sonore
Et qui s’enfuit s’émeut en longs éclats lointains

Et je comprends alors O nymphe tu te moques
De ce que nous aimons les poètes et moi
Et je médite assis aux tragiques époques
Où les femmes toujours ont agi comme toi

Car Orphée fut tué par les femmes
Et Térambe invaincu rampe aux jardins d’été
Je déteste les fleurs parce qu’elles sont femmes
Et je souffre de voir partout leur nudité

Ma vie est recueillie en ma saison factice
Et je feins d’écouter la chute des fruits mûrs
Tandis qu’une araignée entre mes bras se tisse
La toile où tôt cherront les moucherons impurs.

Guillaume Apollinaire

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