« La Mort de l'aigle » par José-Maria de Heredia

La mort de l’aigle

Quand l’aigle a dépassé les neiges éternelles, 
A ses larges poumons il veut chercher plus d’air 
Et le soleil plus proche en un azur plus clair 
Pour échauffer l’éclat de ses mornes prunelles.

Il s’enlève. Il aspire un torrent d’étincelles. 
Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier, 
Il plane sur l’orage et monte vers l’éclair 
Mais la foudre d’un coup a rompu ses deux ailes.

Avec un cri sinistre, il tournoie, emporté 
Par la trombe, et, crispé, buvant d’un trait sublime 
La flamme éparse, il plonge au fulgurant abîme.

Heureux qui pour la Gloire ou pour la Liberté, 
Dans l’orgueil de la force et l’ivresse du rêve, 
Meurt ainsi d’une mort éblouissante et brève !

José-Maria de Heredia

 

Laisser un commentaire