« Il n'est donc plus d'espoir, et ma plainte perdue » par André Chénier

Il n’est donc plus d’espoir, et ma plainte perdue

Il n’est donc plus d’espoir, et ma plainte perdue 
A son esprit distrait n’est pas mème rendue ! 
Couchons-nous sur sa porte. Ici, jusques au jour 
Elle entendra les pleurs d’un malheureux amour. 
Mais, non… Fuyons… Une autre avec plaisir tentée 
Prendra soin d’accueillir ma flamme rebutée, 
Et de mes longs tourments pour consoler mon coeur…
Mais plutôt renonçons à ce sexe trompeur. Qui ? moi ? j’aurais voulu sur ce seuil inflexible 
Tenter à mes douleurs un cœur inaccessible ; 
J’aurais flatté, gémi, pleuré, prié, pressé !…
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Que l’amour au plus sage inspire de folie ! 
Allons ; me voilà libre, et pour toute ma vie. 
Oui, j’y suis résolu ; je n’aimerai jamais ; 
J’en jure… Ma perfide avec tous ses attraits 
Ferait pour m’apaiser un effort inutile… 
J’admire seulement qu’à ce sexe imbécile 
Nous daignions sur nos voeux laisser aucun pouvoir ; 
Pour repousser ses traits on n’a qu’à le vouloir. 
Ingrate que j’aimais, je te hais, je t’abhorre…
Mais quel bruit à sa porte ?… Ah ! dois-je attendre encore ? 
J’entends crier les gonds… On ouvre, c’est pour moi !… 
Oh ! ma Camille m’aime et me garde sa foi… 
Je l’adore toujours… Ah ! dieux ! ce n’est pas elle !
Le vent seul a poussé cette porte cruelle.

André Chénier

Espoir perdu
« Espoir » par Franck. Minez

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