« Dimanches (VI) » par Jules Laforgue

Dimanches (VI)

J’aurai passé ma vie à faillir m’embarquer 
Dans de bien funestes histoires, 
Pour l’amour de mon cœur de Gloire !…. 
– Oh ! qu’ils sont chers les trains manqués 
Où j’ai passé ma vie à faillir m’embarquer !….

Mon cœur est vieux d’un tas de lettres déchirées, 
Ô Répertoire en un cercueil 
Dont la Poste porte le deuil !….
– Oh ! ces veilles d’échauffourées 
Où mon cœur s’entraînait par lettres déchirées !….

Tout n’est pas dit encor, et mon sort est bien vert.
Ô Poste, automatique Poste, 
Ô yeux passants fous d’holocaustes,
Oh ! qu’ils sont là, vos airs ouverts !…. 
Oh ! comme vous guettez mon destin encor vert !

(Une, pourtant, je me rappelle, 
Aux yeux grandioses 
Comme des roses, 
Et puis si belle !…. 
Sans nulle pose.
Une voix me criait :  » C’est elle ! Je le sens ; 
 » Et puis, elle te trouve si intéressant ! «  
– Ah ! que n’ai-je prêté l’oreille à ses accents !…)

Jules Laforgue

Dimanche Romantique
Dimanche 01/01/2012 par Melle Bé

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