« Le Saule » de Paul Valéry

 Le Saule

Tremble, Tombe légère… Un souffle t’aime, Saule,
Qui fait sur toi frémir le songe d’une épaule…
Brise ?…  ou mon seul soupir si simple et si soudain
Que j’exhale d’amour pour ce flottant jardin.
Sur ses fleurs, mon regard trompe le mal d’attendre
Le pas, la voix, la main, et puis, tout l’être tendre,
Cette Toi toute à moi que je sens devenir,
À qui l’heure qui meurt peut tout à coup m’unir
Et qui vient !… Je le sens…

Ma bouche enfin t’accueille !
L’approche met dans l’âme un tremblement de feuille
Et mes yeux, quoique pleins de feuillage et de jour,
Te voient derrière moi, toute rose d’amour…

Tremble, Tombe légère ! Un souffle t’aime, Saule…
Mais je n’ai plus besoin de songer d’une épaule,
Et ce souffle n’est plus le souffle d’un seul coeur…
Le temps vaincu succombe, et le baiser vainqueur
De l’absence sans nom dont un nom me délivre,
Boit dans l’ombre à longs traits le feu qui nous fait vivre !

Paul Valéry

Corona & Coronilla

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