« Narcissa » de Paul Valéry

Narcissa

Narcisse
Leon Bakst 1911

NARCISSE femme, amoureuse de soi,
Ton cher reflet te rend avec tendresse
Le vert regard qu’à ton miroir adresse
Ton grand désir d’être belle pour toi.

Mais je suis là qui vous contemple, MOI,
Ô double belle et deux fois charmeresse
Je vois la bouche et l’épaule caresse
Depuis la nuque où je dort je ne sais quoi.

Vous avez beau vous chérir l’une l’autre,
Vous mettre ensemble, et d’une double main
Le noir au cil, aux lèvres le carmin ;

Chaque Narcisse est plus mienne que vôtre,
Car d’un baiser qui n’en brûle pas deux
Je fais de vous la seule que je veux.

Paul Valéry

Corona & Coronilla

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