« Vers Libres » de Jordi De Sant Jordi

Vers libres

Vers libres
De ces instants… parFREDBOUAINE ☮

Je porte au front votre belle semblance
De qui mon corps, nuit et jour, fait grand fête,
Car j’ai tant miré votre doux visage
Qu’il en reste en moi, gravée, une empreinte
Que même la mort ne peut effacer :
Quand je serai tout entier hors du siècle,
Ceux qui mon corps porteront au sépulcre
Verront votre signe inscrit sur ma face.

Comme un enfant contemplant un retable,
Reste à fixer les couleurs des images
Dont rien ne peut tant l’or qui l’environne
Lui donne joie distraire son cœur pur,
Ainsi captif, devant l’amoureux cercle
De votre corps que tant de charmes ornent,
Je le contemple et, plus que Dieu, l’admire,
Tant suis joyeux d’amour qui me pénètre.

Ainsi me prend et m’enchaîne en sa chartre
Amour ardent, comme si dans un coffre,
Tenu sous clef, tout mon corps fût enclos,
Sans avoir lieu pour remuer les membres.
Car cet amour qui pour vous s’affermit,
Belle, pour tant qu’il me donne d’angoisse,
Point ne vous quitte, et, comme tour, s’érige
Dans votre amour seul, ô colombe blanche!

Belle sans rivale et Présence noble,
Dieu fit votre corps plus beau que tous les corps,
Riant et doux, éclairant comme gemme,
Fait d’un amour plus pénétrant qu’étoile.
Quand je vous vois, parmi les autres femmes,
Vous me semblez, comme fait l’escarboucle (3)
Qui en vertus passe les pierres fines,
Les surpasser, comme autour vainc l’esmirre.

De toutes parts, mon amour est viril,
Tel que nul homme, en son cœur, ne vous l’offre.
Si fort amour, d’un dard m’ouvrant le cœur,
Que fut jamais en nul homme en nulle âme.
Mais, plus troublé que ne fut Aristote
D’amour qui ard et défait tous mes sens,
Comme un bon clerc, que sa cellule hante,
Je reste à vous comme le doigt à l’ongle.

O Corps d’honneur, sans péché ni mensonge,
Ayez pitié de moi, Dame si belle,
Et ne souffrez qu’un tel amant périsse.
Plus ferme amour ne vous fia nul homme.
Je vous supplie : vous êtes le bel arbre
De tous les fruits, où Valeur vient prendre ombre.
Retenez-moi dans votre bonne chambre,
Vôtre serai tant que vis et vivrai.

Envoi :

Riche joyau, vous l’emportez sur toutes
Femmes couchées au registre du monde.
En vous, toujours, naît et reprend naissance
Beauté, vertu, plus qu’en Penthésilée.

Jordi De Sant Jordi

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