« Chanson de Croisade » de Conon de Béthune

Chanson de croisade

IV

Chanson
chanson Par stopmangohome

Hélas ! Amour, quelle dure séparation
Il me faudra souffrir de la meilleure
Qui fut jamais aimée et servie !
Que Dieu me ramène à elle par sa bonté
Aussi vraiment que je m’en éloigne avec douleur !
Las ! qu’ai-je dit ? Je ne m’en éloigne pas :
Si mon corps va servir Notre Seigneur,
Mon coeur tout entier reste en son pouvoir.

Pour lui je m’en vais soupirant en Syrie,
Car je ne dois pas faillir à mon Créateur :
Qui lui fera défaut dans ce besoin d’aide,
Sachez qu’il manquera dans un plus grand besoin.
Et sachent bien les grands et les petits
Qu’on doit là-bas faire acte de chevalerie,
Où l’on conquiert paradis et honneur
Et prix et gloire et l’amour de sa mie.

Dieu ! si longtemps nous avons été preux dans l’oisiveté !
Maintenant on verra qui était vraiment preux ;
Nous irons venger la honte douloureuse
Dont chacun doit être irrité et honteux,
Car en notre temps est perdu le saint lieu
Où Dieu souffrit pour nous mort angoisseuse ;
Si maintenant nous y laissons nos ennemis mortels,
À tout jamais sera notre vie honteuse.

Qui ne veut avoir ici vie ennuyeuse,
Qu’il aille pour Dieu mourir content et joyeux,
Car cette mort est douce et savoureuse,
Dont on conquiert le royaume précieux.
Non, de mort n’en mourra pas un seul,
Mais tous naîtront à une vie glorieuse :
Qui reviendra sera bien heureux,
À jamais en sera l’honneur à son épouse.

Tout le clergé et tous les hommes d’âge
Qui demeureront pour faire l’aumône et le bien
Prendront tous part à ce pèlerinage,
Ainsi que les dames qui vivront chastement,
En étant loyales envers ceux qui y vont,
Et si, par mauvais conseil, elles font folie,
Ce sera avec lâches et mauvaises gens,
Car tous les bons iront dans ce voyage.

Las ! je m’en vais, pleurant des yeux,
Là où Dieu veut amender mon coeur,
Et sachez bien qu’à la meilleure femme du monde
Je penserai plus que je ne fais au voyage.

Conon de Béthune

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