« Héloïse », Nouvelle érotique

Héloïse

Héloïse
heloise par Irina Patrascu

Par un dimanche printanier, je me promenai sur les quais de la Seine. L’air doux réchauffait mon corps encore frigorifié par l’hiver finissant. Je m’éveillai aux promesses de la belle saison. Les oiseaux tentaient de couvrir le bruit des automobiles. Sur les arbres les premiers bourgeons s’ouvraient et se forgeaient un chemin vers la lumière.

Mes yeux vagabondaient sur les étals des bouquinistes. Les livres, les revues attiraient mes rêves littéraires. Je regardai et souriais devant les antiphonaires vendus comme rareté depuis tant d’années. Pièges à touristes et gogos qui achètent ces documents croyant faire la bonne affaire alors que ceux-ci étaient fabriqués quelques mois avant et vieillis pour l’occasion…

La France est un pays très spécialisé dans l’antiquité. Pas une ville, un village où prolifèrent des antiquaires, des vides greniers, des brocantes…

Bref à croire que nos ancêtres passaient leur existence, fort courte d’ailleurs, à fabriquer des meubles, des objets de décoration…

J’ai de mes yeux, vu à Istanbul dans une petite rue la fabrication d’anciens fers à repasser marchandés comme vieilleries aux Puces, chez les antiquaires. Avec des morceaux de ferraille récupérée  sur des machines à laver, des réfrigérateurs, ces artisans habiles vous fabriquent ce que vous désirez !

Tout ce brave monde écoulait des faux, des copies  que des experts assurent authentiques.

Les experts, de toutes catégories, sont un peu les maîtres à penser de notre société. Ils savent tout et décident le bien du mauvais. Ces gens là ne se trompent jamais. Pour preuve, avez-vous déjà entendu un expert d’une discipline quelconque dire qu’il s’est trompé ? La plupart des musées  les plus prestigieux sont remplis de faux tableaux dûment certifiés par des experts !

Méfions nous des gens qui savent.

Plongé dans  mes réflexions philosophiques, je m’aperçus que mon périple m’avait conduit vers le Quartier Latin. Je décidai de quitter les bords de la Seine et ses marchands d’illusions pour fouiner chez Gibert Jeune à la recherche de quelques bouquins dans des éditions de poche et d’occasion si possible.

Je musardai dans le rayon des philosophes. Je penchai la tête pour lire les auteurs, les titres.

Le rangement des livres à ceci de surprenant qu’il faut toujours incliner la tête pour lire sur la tranche l’auteur et le titre. Certains obliquent la tête à gauche, d’autres à droite. Ils offrent un spectacle charmant de têtes courbées d’un côté ou de l’autre. Aucun libraire, aucun bibliothécaire ne s’est penché, si j’ose dire, sur cet ordre des livres qui nous obligent à marcher la tête de travers parmi les rayons comme si notre cerveau pesait plus lourd d’un côté et nous entraînait vers la chute !

Je finis par avoir mal aux vertèbres cervicales et mon cou me faisait souffrir.

Je redressai la tête dans un craquement sinistre.

Je n'avais qu'un seul mot à lui dire...
Je n’avais qu’un seul mot à lui dire… Par mkorchia

C’est à cet instant que je l’aperçu. Ses yeux agrandis par les verres de ses lunettes de myope m’observaient. La fille était belle, élancée. Plantée devant moi à quelques centimètres je sentais son parfum. Sa poitrine m’effleurait, émoustillant mon corps de pensée peu philosophiques. Ses cheveux longs et bruns encadraient son visage. Elle portait un décolleté qui laissait voir ses seins. Je plongeai mes yeux dans l’échancrure de son corsage. Je vis ses seins se gonflés. Je faillis défaillir quand elle me demanda d’une voix douce et chantante :

–          Vous aimez la philosophie ?

A ce moment là, j’aurais aimé tout ce qu’elle voulait ! Son regard me fascinait, sa bouche me captivait. De son corps émanait une sensualité qui me mettait en émoi.

–          Oui, répondis-je, la bouche sèche et le rouge aux joues.

–          Moi j’adore mais ne restons pas là. Venez allons dans le jardin du musée d’à côté pour discuter. Je m’appelle Héloïse et toi ?

Je passai plusieurs secondes avant de lui décliner mon prénom. Sa façon de faire les premiers pas me déconcertait. Elle venait de me tutoyer. J’étais ému. Lorsque nous eûmes traversés le boulevard et pénétrés dans le jardin nous nous assîmes sur un banc. Croisant les jambes, elle entama la conversation que j’écoutai plus ou moins. Troublé par le galbe de ses jambes à peine caché par une minijupe, mes yeux allaient de son décolleté plongeant à ses cuisses superbes, de ses lèvres à ses yeux. Mon corps vibrait et mon sexe cherchait la sortie libératrice, faisant une bosse visible. Elle dû se rendre compte de mon trouble. Elle se rapprocha encore plus près à me toucher. Je devenais électrique. Je n’en pouvais plus. Je posai une main sur une de ses cuisses. La chaleur émanant de son corps se propagea à toute vitesse dans le mien. J’osai. Ma main se fit entreprenante. Elle écarta les jambes, me laissant faire. Soudain, se jetant sur moi, elle colla ses lèvres sur les miennes en un long baiser puis s’assit sur mes genoux. Sa poitrine collée sur mon t-shirt diffusait une chaleur intense.

–          Viens ! allons chez moi me dit-elle, j’habite tout près.

Elle m’entraîna dans un dédale de rues dont je ne me souviens plus des noms. Envoûté par sa grâce, son allure, je ne la quittai plus des yeux. Ses cuisses si douces, si fermes que je venais de caresser, m’obsédaient. Je me sentais prisonnier de son corps. Mon sexe qui ne débandait plus depuis plusieurs minutes me faisait mal. Mon cœur s’emballait.

Elle me fit entrer dans un immeuble. Nous pénétrâmes dans son appartement. A quel étage ? Comment était son appartement ? Au paroxysme d’une jouissance visuelle, je ne voyais que son corps et rien d’autres.

Elle se retourna et se jeta sur moi, m’enlaça, prit mes lèvres jusqu’à m’étouffer. Mes mains fébriles caressaient son dos. Elle se détacha de mon corps, cheveux ébouriffés, corsage à moitié défait. De son regard de myope elle m’examina puis, brusquement, défit son soutien-gorge. Ses seins fermes et laiteux libérés jaillirent à la lumière et m’éblouirent. Elle détacha sa mini jupe, enleva sa culotte. Elle était nue devant mon visage congestionné.

–          Déshabille-toi me dit-elle.

Je me dévêtis à toute vitesse, jetant ici ou là mes vêtements. Mon sexe libéré était au garde-à-vous. Lorsque nous nous retrouvâmes sur son lit, ma langue avide lécha ses mamelons aux aréoles sensibles. Ma bouche descendît vers le bas de son ventre, passa la toison et titilla son sexe. Je pénétrai, affamé, dans la vallée du plaisir.

Quand nous fûmes repus, serrés l’un contre l’autre, elle me murmura :

–          Je suis maintenant ton Héloïse, tu seras mon Abélard.

Je n’avais pas fréquenté l’école très longtemps, mais je connais l’aventure de ce personnage. Je voulais bien, à la rigueur, finir moine. On mange bien, le vin est bon et le boulot n’est pas très dur : faire semblant de croire était dans mes possibilités. De temps en temps on  se paye une bonne sœur, quoiqu’aujourd’hui elles se fassent plus rares. De là à terminer châtrer il y a des limites. Je ne relevai pas son allusion après tout chacun à droit à ses fantaisies.

L’après midi s’écoula en caresses, volupté et découverte. Quand La nuit fut venue serrés l’un contre l’autre nos corps ne faisaient qu’un sous les draps. Nos cœurs battaient au même tempo lorsqu’elle remit Abélard sur le tapis :

–          Sais-tu qu’Abélard a composé de nombreuses chansons pour son Héloïse, tu le ferais pour moi et irais-tu de faire émasculer par amour si je te le demandais ?

A demi inconscient j’écoutai ses paroles. Écrire des chansons je pouvais pour le reste je ne voyais aucun intérêt à me faire couper les choses. Je le lui dis sèchement. Elle se mit à bouder, se détacha de moi puis finit par se lever :

–          Je vais aux toilettes, me dit-elle.

Héloïse
heloise par Vincent Boiteau

Au bout de plusieurs minutes, je l’entendis tripatouiller dans la cuisine de son studio. Elle ouvrait un tiroir, le refermait puis  ouvrait un placard. L’inquiétude me gagna. La sueur mouilla mon corps. Lorsqu’elle se rallongea près de moi je lui saisis les mains. Elle se méprit et se lova sur moi. Nous fîmes l’amour mais mon cœur n’y était pas. Si j’avais tâté ses mains, c’était uniquement pour voir si des ciseaux  n’étaient pas cachés dans ses paumes! Envahit par l’angoisse, je me levais à mon tour.

–          Où vas-tu me demanda t-elle ?

–          Au cabinet, dis-je.

Je n’avais aucune envie d’uriner. Je voulais savoir ce qu’elle avait fait. A mon tour j’ouvris  les tiroirs, les portes des placards de la cuisine. Je regardai si elle avait subtilisé des ciseaux, un couteau. C’était parfaitement idiot. Ne la connaissant pas, j’ignorai ce qu’elle possédait comme ustensiles de cuisine.

–          Qu’est-ce que tu fais me cria t-elle ?

–          Je cherche un verre pour boire.

J’ouvris le robinet et je laissai couler l’eau afin de justifier ma réponse. Lorsque je revins vers la chambre l’angoisse m’imprégnait. J’allumai la pièce et je m’allongeai au sol pour regarder sous le lit vers son côté.

–          Mais enfin qu’est-ce que tu fais ?

–          Je regarde sous le lit s’il n’y a pas de mauvaises ondes qui m’empêchent de dormir.

Il n’y avait rien : ni ondes malsaines, ni ciseaux perfides. J’éteignis et me recoucha.

–          Tu es vraiment bizarre me susurra t-elle en se serrant contre moi.

Cette nuit là je ne dormis pas. Je guettai ses moindres gestes au cas où…

Le lendemain matin, hagard j’avalai une tasse de café quand mon regard vitreux tomba sur la table. Sur cette table, comme des soldats avant la bataille, côte à côte alignés se trouvaient un grand couteau de cuisine et une paire de ciseaux !

Je recrachai mon café. Ma décision était prise. Je me rhabillai à toute vitesse.

–          Ou vas-tu me demanda t-elle, ingénue ?

–          Je vais acheter des cigarettes.

–          Mais tu ne fume pas !

–          Justement !

Je pris la poudre d’escampette et descendit les escaliers en courant. Elle habitait au deuxième. Dans la rue je marchai vite comme si j’avais le diable aux trousses. J’entrai dans la première station du métropolitain. Je fuyais la tragédie.

C’est en refermant la porte de mon appartement que je commençai à respirer. La télévision marchait à tue tête. Je l’avais laissé allumé pour emmerder ma voisine, cette chipie. En m’entendant rentrer celle-ci  tambourina sur le mur et cria. Elle avait dû tambouriner et vociférer tout le vendredi et le samedi. Je souriais en m’imaginant voir ses mains réduites en moignons à force de frapper le mur !

A la télé j’entendis la voix de PPDA qui parlait. J’aime bien ce présentateur pour ses émissions littéraires. L’invité n’était autre que notre philosophe de salon : BHL surtout connu pour sa femme à la poitrine avenante et aux jambes affriolantes. Aujourd’hui disait PPDA nous allons parler philosophie et plus précisément d’Héloïse et d’Abélard, si vous le voulez bien.

Je poussai un hurlement. Ma voisine à nouveau frappa le mur. Je l’imaginai avec ses moignons saignants raclant le mur. De rage je pissai sur ma télé. Bien sûr un court circuit mit cette dernière hors service tandis que je prenais une poignée de châtaignes sur la quéquette ! Mais j’étais malgré tout heureux, j’avais échappé au supplice d’Abélard.

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