« La Chimère » de Jean Lorrain

La Chimère

Pour Gustave Moreau.

Fontaine d'Amour
Sans titre Par Alain Bachellier

La Chimère indomptable aux yeux profonds et bleus,
Abîmes rayonnants dans un visage d’homme,
Des lointaines Memphis aux Babels qu’on renomme,
Droite, appuie au Zénith ses quatre pieds en feux.

Son poitrail qui se cabre et ses jarrets nerveux
Emportent par le gouffre, où l’air siffle et s’enflamme,
Lascif et douloureux, un souple corps de femme
Nue et flottant dans l’ombre entre ses lourds cheveux.

Les crins d’or de la bête et la toison d’aurore
De la femme en extase, embrasant l’air sonore,
Font une aube de gloire au fond du ciel obscur.

Le vertige les tord et, dardant sa prunelle,
Les bras autour du cou du monstre aux yeux d’azur,
S’enfonce dans la nuit la Rêveuse éternelle.

Jean Lorrain

L’ombre ardente

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.