« Amour, lors que premier ma franchise fut morte » par Étienne de la Boétie

Amour, lors que premier ma franchise fut morte

Claudine
claudine (summer 06) Par xmarksmyhands

Amour, lors que premier ma franchise fut morte,
Combien j’avois perdu encor je ne sçavoy,
Et ne m’advisoy pas, mal sage, que j’avoy
Espousé pour jamais une prison si forte.

Je pensoy me sauver de toy en quelque sorte,
Au fort m’esloignant d’elle ; et maintenant je voy
Que je ne gaigne rien à fuir devant toy,
Car ton traict en fuyant avecques moy j’emporte.

Qui a veu au village un enfant enjoué,
Qui un baston derriere à un chien a noué,
Le chien d’estre battu par derriere estonné,

Il se vire et se frappe, et les enfans joyeux
Rient qu’il va, qu’il vient, et fuyant parmy eulx
Ne peut fuir les coups que luymesme se donne.

Étienne de la Boétie

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  1. Étienne, as-tu donc cru ta liberté morte ?
    En amour elle croît, Tiennot, si tu savais !
    Cette âme solitaire, ainsi que tu l’avais,
    Pour cet amour devient et plus grande et plus forte.

    Tu as doublé ton coeur, Étienne, en quelque sorte,
    Ainsi t’éprenant d’elle ; et ce n’est pas mauvais.
    Que voulais-tu lui dire en disant « Je m’en vais » ?
    Son portrait en fuyant avec toi tu emportes.

    Au lieu de t’appliquer à des jeux solitaires,
    Tu partages tes jours, tu n’es plus seul sur terre :
    Au début, tes amis furent bien étonnés.

    Ils en sont maintenant satisfaits et joyeux.
    Profite de ta vie sur terre, parmi eux,
    Avec ce bel amour que le Ciel t’a donné.

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