« Extase » de Victor Segalen

Extase

Suis-je ici vraiment ? Suis-je parvenu si haut ?
Paix grande et naïve et splendeur avant-dernière,
Touchant au chaos où le Ciel qui plus n’espère
Se referme et bat comme une ronde paupière.

Comme le noyé affleurant l’autre surface
Mon front nouveau-né vogue sur les horizons.
Je pénètre et vois. Je participe aux raisons.
Je tiens l’empyrée, et j’ai le Ciel pour maisons.

Je jouis à plein bord. De tous mes esprits. J’irrite
Mes sens élargis au-delà des sens, plus vite
Que l’esprit, que l’air. Je me répands sans limites,
J’étends les deux bras : je touche aux deux bouts du Temps.

Victor Segalen

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êxtase Par ognid

« La dame en noir » d'Émile Verhaeren

La dame en noir

– Dans la ville d’ébène et d’or,
Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre, après tant de jours,
Qu’attendre encor ?

– Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux,
Si longuement, vers mes deux yeux silencieux,
Si longuement et si terriblement, ce soir,
Vers les lunes de mes deux yeux en noir.

Dites, quels feux agitent-ils mes crins,
Pour affoler ainsi ces chiens,
Et quelle ardeur règne en mes reins
Et dans mon corps toisonné d’or ?

– Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre, après de si longs jours,
Qu’aittendre ?

– Vers quel paradis noir font-ils voile mes seins,
Et vers quels horizons ameutés de tocsins ?
Dites, quel Walhalla tumultueux de fièvres
Ou quels chevaux cabrés vers l’amour sont mes lèvres ?

Dites, quel incendie et quel effroi
Suis-je ? pour ces grands chiens, qui me lèchent ma rage,
Et quel naufrage espèrent-il en mon orage
Pour tant chercher leur mort en moi ?

– Sombre dame des carrefours,
Qu’attendre après de si longs jours ?

– Mes yeux, comme des pierres d’or,
Luisent pendant les nuits charnelles :
Je suis belle comme la mort
Et suis publique aussi comme elle.

Aux douloureux traceurs d’éclairs
Et de désirs sur mes murailles,
J’offre le catafalque de mes chairs
Et les cierges des funérailles.

Je leur donne tout mon remords
Pour les soûler au seuil du porche,
Et le blasphème de mon corps
Brandi vers Dieu comme une torche. Continuer la lecture de « « La dame en noir » d'Émile Verhaeren »

« Qu'il connaît qu'on feint de l'aimer » d'Honoré d’Urfé

Qu’il connaît qu’on feint de l’aimer

Elle feint de m’aimer, pleine de mignardise,
Soupirant après moi, me voyant soupirer,
Et par de feintes pleurs témoigne d’endurer
L’ardeur que dans mon âme elle connaît éprise.

Le plus accort amant, lorsqu’elle se déguise,
De ses trompeurs attraits ne se peut retirer :
Il faut être sans coeur pour ne point désirer
D’être si doucement déçu par sa feintise.

Je me trompe moi-même au faux bien que je vois,
Et mes contentements conspirent contre moi.
Traîtres miroirs du coeur, lumières infidèles,

Je vous reconnais bien et vos trompeurs appas :
Mais que me sert cela, puisqu’Amour ne veut pas,
Voyant vos trahisons, que je me garde d’elles ?

Honoré d’Urfé

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Abismos de Pasión Par Sebastián-Dario

« Mai » par Marc DUPUY

Mai

Le mur lance son poing
dans le matin. La feuille
du visage brille et tombe.

Au long des corridors
les portes menacées
de faire naufrage.

Tombé ton bras
à la veine sombre
tient l’or

ultime otage du regard.

Marc DUPUY

« Poèmes de Marc DUPUY »

 

Mai
Mai Chau Par Cmic Blog

« Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensers la porte » de Catherine des Roches

Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensers la porte

Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensers la porte.
Je désire de voir si l’amour de son trait
Vous engrave aussi bien dans le coeur mon portrait
Comme votre beau vers à mes yeux le rapporte.

Je ne veux pas pourtant que hors de vous il sorte,
Ni que par la faveur d’un gracieux attrait
Votre coeur soit jamais d’avec le mien distrait
Pour brûler d’une flamme ou plus douce ou plus forte.

Ouvrez donc, s’il vous plaît : Ah ! mon Dieu, je me vois !
Ah ! mon Dieu, que de bien, que d’honneur je reçois !
Après que vous m’avez par mille vers chantée,

Je me vois dans vos yeux et dedans vos écrits
Et dedans votre coeur et dedans vos esprits
Par la muse et l’amour si bien représentée.

Catherine des Roches
AU DELA DU REGARD Par FREDBOUAINE ☮

« Bouche dont la douceur m'enchante doucement… » de Catherine des Roches

Bouche dont la douceur m’enchante doucement…

Bouche dont la douceur m’enchante doucement
Par la douce faveur d’un honnête sourire,
Bouche qui soupirant un amoureux martyre
Apaisez la douleur de mon cruel tourment !

Bouche, de tous mes maux le seul allégement,
Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
A l’heure qu’il vous plaît de parler doctement ;

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits amours,

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.

Catherine des Roches
Poème Bouche
Chut.. c'est un secret.. Par Raïssa B.

« Complainte Amoureuse » d'Alphonse Allais

Complainte amoureuse

Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse Allais

Saint-Valentin
Saint-Valentin Par abac077

« Vers adressés à Diane de Poitiers » d'Henri II

Vers adressés à Diane de Poitiers

Plus ferme foi ne fut oncques jurée
A nouveau prince, ô ma belle princesse,
Que mon amour qui vous sera sans cesse
Contre le temps et la mort assurée.
De fossés creux ou de tour bien murée
N’a pas besoin de ma foi la fortresse,
Dont je vous fis, dame, reine et maîtresse,
Parce qu’elle est d’éternelle durée.
Trésor ne peut sur elle être vainqueur
Un si vil prix n’acquiert un gentil coeur.

Henri II

Amour trouva Diane en la claire fontaine
Diane Kruger Par Siebbi