Poème de Béatrice de Die

Il me faut chanter ici ce que je ne voudrais point chanter
Car j’ai fort à me plaindre de celui dont je suis l’amie
Je l’aime plus que tout au monde
Mais rien ne trouve grâce auprès de lui
Ni Merci, ni Courtoisie, ni ma beauté, ni mon esprit,
Je suis trompée et trahie comme je devrais l’être
Si je n’avais pas le moindre charme.

Une chose me console : jamais, je n’eus de torts
Envers vous, ami. Je vous aime, au contraire
Plus que Seguin n’aima Valence
Et il me plait fort de vous vaincre en amour,
Ami, car vous êtes le plus vaillant de tous.
Mais vous me traitez avec orgueil en paroles et en actes,
Alors que vous êtes si aimable envers d’autres.

Je suis surprise de l’arrogance de votre coeur,
Ami, et j’ai bien sujet d’en être triste
Il n’est point juste qu’un autre amour vous éloigne de moi
Quel que soit l’accueil qu’il vous réserve,
Qu’il vous souvienne du début
De notre amour. À Dieu ne plaise
Que par ma faute il s’achève.

La grande vaillance qui loge en votre cœur
Et votre grand mérite me sont sujets de tourments,
Car je ne connais point dame , proche ou lointaine,
Et en désir d’amour qui vers vous ne soit attirée
Mais vous, ami de si bon jugement,
Vous devez bien reconnaître la plus sincère
Ne vous souvient-il pas de nos jeux-partis ?

Ma valeur et mon lignage, ma beauté
Et plus encore la sincerité de mon cœur, doivent me secourir
C’est pourquoi je vous envoie, là-bas,
Cette chanson qui me servira de messager
Je veux savoir, mon bel et doux ami,
Pourquoi vous m’êtes si dur et si farouche,
Est-ce orgueil ou indifférence ?

Mais je veux, messager, que tu lui dises
Que trop d’orgueil peut nuire à maintes gens.

Béatrice de Die

Beatrice de Die
Beatrice Par lux-umbra / labdien photography

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