Texte érotique de Marcel Béalu

Que disait-elle, jalouse, la Dame oiseau du damoiseau ?
— Méfie-toi de son sourire !
Méfie-toi de son corps lisse !

Mais le huchet (1) du freluquet clamait au vent :
— L’oiseau fou nommé Délire
Est niché entre ses cuisses.

Applaudissez, palombes ! Dans ce silence qui n’est plus le silence, seul votre roucoulement peut se substituer au langage. Ma Rose Trémière, tes seins sont des roses, les boutons de tes seins des fraises inusables. Femme enfant, fruit, chatte, fleur, ma douce petite femelle nue ! Ma mouette, mon cabri blond, mon crottin, mon chèvre chou ! Si ma bouche quitte ton visage c’est pour trouver asile au creux de tes aisselles, buissons vénéneux où poussent la digitale pourpre et la jusquiame noire.

Marcel Béalu

(1) Cor de Chasse

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Femme Nue Par Claude Robillard

« La Ressemblance » de Félix Arvers

La Ressemblance

Sur tes riches tapis, sur ton divan qui laisse
Au milieu des parfums respirer la mollesse,
En ce voluptueux séjour,
Où loin de tous les yeux, loin des bruits de la terre,
Les voiles enlacés semblent, pour un mystère,
Eteindre les rayons du jour,

Ne t’enorgueillis pas, courtisane rieuse,
Si, pour toutes tes soeurs ma bouche sérieuse
Te sourit aussi doucement,
Si, pour toi seule ici, moins glacée et moins lente,
Ma main sur ton sein nu s’égare, si brûlante
Qu’on me prendrait pour un amant.

Ce n’est point que mon coeur soumis à ton empire,
Au charme décevant que ton regard inspire
Incapable de résister,
A cet appât trompeur se soit laissé surprendre
Et ressente un amour que tu ne peux comprendre,
Mon pauvre enfant ! ni mériter.

Non : ces rires, ces pleurs, ces baisers, ces morsures,
Ce cou, ces bras meurtris d’amoureuses blessures,
Ces transports, cet oeil enflammé ;
Ce n’est point un aveu, ce n’est point un hommage
Au moins : c’est que tes traits me rappellent l’image
D’une autre femme que j’aimai.

Elle avait ton parler, elle avait ton sourire,
Cet air doux et rêveur qui ne peut se décrire.
Et semble implorer un soutien ;
Et de l’illusion comprends-tu la puissance ?
On dirait que son oeil, tout voilé d’innocence,
Lançait des feux comme le tien.

Allons : regarde-moi de ce regard si tendre,
Parle-moi, touche-moi, qu’il me semble l’entendre
Et la sentir à mes côtés.
Prolonge mon erreur : que cette voix touchante
Me rende des accents si connus et me chante
Tous les airs q’elle m’a chantés !

Hâtons-nous, hâtons-nous ! Insensé qui d’un songe
Quand le jour a chassé le rapide mensonge,
Espère encor le ressaisir !
Qu’à mes baisers de feu ta bouche s’abandonne,
Viens, que chacun de nous trompe l’autre et lui donne
Toi le bonheur, moi le plaisir !

Félix Arvers
« Mes heures perdues »

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Stevie-Marie & Shandi-lee [Explored! My second one everrr yay!!!] Par Shandi-lee

Sonnet de Félix Arvers

Sonnet

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

À l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
« Quelle est donc cette femme ? »  et ne comprendra pas.


« Mes Heures perdues »

Sonnet
Sonnet Par indywidualny

« Villanelle » de Joachim du Bellay

Villanelle

En ce mois délicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieux mieux
La douceur’ du temps imite,
Mais une rigueur dépite
Me fait pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.
Dedans votre oeil gracieux
Toute douceur est écrite,
Mais la douceur de vos yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessous une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Or, puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Désespéré d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Pour mieux pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avait conduite,
Ou, d’espérer d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Peut être que ma poursuite
Vous ferait changer couleur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.

Joachim du Bellay

 

reprise - Villanelle: Mont Blanc Par imago
reprise Par imago

« Quand les mots s’emmêlent » de Catherine Jung

Coquelicot

Quand les mots s’emmêlent

Dis-moi, dis-moi
Dix mots tout bas
De ces mots-fil qui glissent
De ces mots qui unissent
De ces mots doux, complices
Qui avec grâce, ravissent
Dis-moi, dis-moi
Dix mots tout bas
De ces mots-mousqueton
Qui nous sauvent du plongeon
De ces mots en cordée
Qui préviennent du danger
Dis-moi, dis-moi
Des mots tout bas
Pour que j’me r’trouve moins seule
Que j’me sente moins fragile
Pour que la vie paraisse
Juste un peu plus facile Continuer la lecture de « « Quand les mots s’emmêlent » de Catherine Jung »

« À mon ami *** » de Félix Arvers

À mon ami ***

Ti Amo : À mon ami
2 Parole 5 Lettere Par FotoRita [Allstar maniac]
Tu sais l’amour et son ivresse
Tu sais l’amour et ses combats ;
Tu sais une voix qui t’adresse
Ces mots d’ineffable tendresse
Qui ne se disent que tout bas.

Sur un beau sein, ta bouche errante
Enfin a pu se reposer,
Et sur une lèvre mourante
Sentir la douceur enivrante
Que recèle un premier baiser…

Maître de ces biens qu’on envie
Ton cœur est pur, tes jours sont pleins !
Esclave à tes vœux asservie,
La fortune embellit ta vie
Tu sais qu’on t’aime, et tu te plains !

Et tu te plains ! et t’exagères
Ces vagues ennuis d’un moment,
Ces chagrins, ces douleurs légères,
Et ces peines si passagères
Qu’on ne peut souffrir qu’en aimant !

Et tu pleures ! et tu regrettes
Cet épanchement amoureux !
Pourquoi ces maux que tu t’apprêtes ?
Garde ces plaintes indiscrètes
Et ces pleurs pour les malheureux !

Pour moi, de qui l’âme flétrie
N’a jamais reçu de serment,
Comme un exilé sans patrie,
Pour moi, qu’une voix attendrie
N’a jamais nommé doucement,

Personne qui daigne m’entendre,
A mon sort qui saigne s’unir,
Et m’interroge d’un air tendre,
Pourquoi je me suis fait attendre
Un jour tout entier sans venir.

Personne qui me recommande
De ne rester que peu d’instants
Hors du logis ; qui me gourmande
Lorsque je rentre et me demande
Où je suis allé si longtemps. Continuer la lecture de « « À mon ami *** » de Félix Arvers »