“Sonnet” d'Auguste Angellier

Sonnet

« Où es-tu ? », disait-elle, errant sur le rivage
Où des saules trempaient leurs feuillages tremblants ;
Et des larmes d’argent coulaient dans ses doigts blancs
Quand elle s’arrêtait, les mains sur son visage.

Et lui, errant aussi sur un sable sauvage
Où des joncs exhalaient de longs soupirs dolents,
Sous la mort du soleil, au bord des flots sanglants,
S’écriait : « Où es-tu ? », tordant ses mains de rage. Continuer la lecture de « “Sonnet” d'Auguste Angellier »

« Doux Souvenir » de Pierre de Ronsard

L’an se rajeunissait en sa verte jouvence
Quand je m’épris de vous, ma Sinope cruelle ;
Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,
Et votre teint sentait encore son enfance.

Vous aviez d’une infante encor la contenance,
La parole, et les pas ; votre bouche était belle,
Votre front et vos mains dignes d’une Imrnortelle,
Et votre œil, qui me fait trépasser quand j’y pense.

Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,
Dans un marbre, en mon cœur d’un trait les écrivit ;
Et si pour le jourd’hui vos beautés si parfaites

Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,
Car je n’ai pas égard à cela que vous êtes,
Mais au doux souvenir des beautés que je vis.

Pierre de Ronsard
« Pièces retranchées des Amours »

Doux Souvenir
En Doux Souvenirs .... In quiet memory ... Ray charles " ... " Sorry seems to be the hardest word " Par gmayster01 on & off ...

« Une Plume » de Jan Erik Vold

Une Plume

La vie est-elle
aussi légère

qu’une plume ? La plume pèse-t-elle
aussi lourd

qu’une
vie ?  Oui, avec toi.

Jan Erik Vold
« LA NORVÈGE est plus petite qu’on le pense »

Une Plume
Cygne,Confort et chaleur Par jd.echenard

« Un poème d'amour » de Jan Erik Vold

Un poème d’amour

Vent contraire sur son
front. Elle le voit, elle voit sa
volonté. Et veut
garder

la sienne. Elle ne veut pas être
celle qu’il désire
qu’elle
soit. Elle ne veut pas non plus

le blesser. C’est son exercice
d’équilibre. Elle l’aime
beaucoup. Il s’agit de
ne pas devenir comme lui.

Jan Erik Vold
« LA NORVÈGE est plus petite qu’on le pense »

Un poème d'amour
PREMIER MATIN Par velanio2

“Patrie Intime” de Nérée Beauchemin

Patrie Intime

Je veux vivre seul avec toi
Les jours de la vie âpre et douce,
Dans l’assurance de la Foi,
Jusqu’à la suprême secousse.

Je me suis fait une raison
De me plier à la mesure
Du petit cercle d’horizon
Qu’un coin de ciel natal azure.

Mon rêve n’ai jamais quitté
Le cloître obscur de la demeure
Où, dans le devoir, j’ai goûté
Toute la paix intérieure. Continuer la lecture de « “Patrie Intime” de Nérée Beauchemin »

« À Madame Lullin » de Voltaire

À Madame Lullin

Hé quoi ! vous êtes étonnée
Qu’au bout de quatre-vingts hivers,
Ma Muse faible et surannée
Puisse encor fredonner des vers ?

Quelquefois un peu de verdure
Rit sous les glaçons de nos champs ;
Elle console la nature,
Mais elle sèche en peu de temps.

Un oiseau peut se faire entendre
Après la saison des beaux jours ;
Mais sa voix n’a plus rien de tendre,
Il ne chante plus ses amours.

Ainsi je touche encor ma lyre
Qui n’obéit plus à mes doigts ;
Ainsi j’essaie encor ma voix
Au moment même qu’elle expire.

« Je veux dans mes derniers adieux,
Disait Tibulle à son amante,
Attacher mes yeux sur tes yeux,
Te presser de ma main mourante. »

Mais quand on sent qu’on va passer,
Quand l’âme fuit avec la vie,
A-t-on des yeux pour voir Délie,
Et des mains pour la caresser ?

Dans ce moment chacun oublie
Tout ce qu’il a fait en santé.
Quel mortel s’est jamais flatté
D’un rendez-vous à l’agonie ?

Délie elle-même, à son tour,
S’en va dans la nuit éternelle,
En oubliant qu’elle fut belle,
Et qu’elle a vécu pour l’amour.

Nous naissons, nous vivons, bergère,
Nous mourons sans savoir comment ;
Chacun est parti du néant :
Où va-t-il ?… Dieu le sait, ma chère.

Voltaire

À Madame Lullin
Le Madame Laudanum Par dontshoot.me!

“La Caresse des Yeux” d'Auguste Angellier

La Caresse des Yeux

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l’âme aux limites de l’être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d’elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n’exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l’âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s’est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

Auguste Angellier

Straub Hall: A New Angle
Straub Hall: A New Angle Par Auzigog