« Chanson » de Bonaventure Des Périers

Chanson

 À Claude Bectone, Dauphinoise.

Si Amour n’était tant volage
Ou qu’on le pût voir en tel âge
Qu’il sût les labeurs estimer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour avait connaissance
De son invincible puissance,
Laquelle il oit tant réclamer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour découvrait sa vue
Aussi bien qu’il fait sa chair nue,
Quand contre tous se veut armer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour ne portait les flèches
Dont aux yeux il fait maintes brèches
Pour enfin les coeurs consommer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour n’avait l’étincelle,
Qui plus couverte et moins se celle,
Dont il peut la glace enflammer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour, de toute coutume,
Ne portait le nom d’amertume,
Et qu’en soi n’eût un doux amer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Bonaventure Des Périers

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