« Multipliez le monde en votre accouplement… » de François de Malherbe

Multipliez le monde en votre accouplement

Accouplement d Papillons
Boloria napaea (accouplement) Par Sanchez Andreas

Multipliez le monde en votre accouplement,
Dit la voix éternelle à notre premier père,
Et lui, tout aussitôt, désireux de le faire,
Il met sa femme bas, et la fout vitement.

Nous, qui faisons les fous, disputons sottement,
De ce Dieu tout-puissant la volonté si claire,
Par une opinion ouvertement contraire,
Nous-mêmes nous privant de ce contentement.

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« Chant d'Amour (III) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’Amour (III)

Cheveux
[cheveux Court] Par Mlle Map
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ?
Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :
Rougis-tu d’être belle, ô charme de mes yeux ?
L’aurore, ainsi que toi, de ses roses s’ombrage.
Pudeur ! honte céleste ! instinct mystérieux,
Ce qui brille le plus se voile davantage ;
Comme si la beauté, cette divine image,
N’était faite que pour les cieux ! Continuer la lecture de « « Chant d'Amour (III) » d'Alphonse de Lamartine »

« À Elvire » par Alphonse de Lamartine

À Elvire

Elvire Jaspers
20110405 DDP Elvire_Jaspers par Par Guido van Nispen

Oui, l’Anio murmure encore
Le doux nom de Cynthie aux rochers de Tibur,
Vaucluse a retenu le nom chéri de Laure,
Et Ferrare au siècle futur
Murmurera toujours celui d’Éléonore !
Heureuse la beauté que le poète adore !
Heureux le nom qu’il a chanté !
Toi, qu’en secret son culte honore,
Tu peux, tu peux mourir ! dans la postérité
Il lègue à ce qu’il aime une éternelle vie,
Et l’amante et l’amant sur l’aile du génie
Montent, d’un vol égal, à l’immortalité !
Ah! si mon frêle esquif, battu par la tempête,
Grâce à des vents plus doux, pouvait surgir au port ?
Si des soleils plus beaux se levaient sur ma tête ?
Si les pleurs d’une amante, attendrissant le sort,
Ecartaient de mon front les ombres de la mort ?
Peut-être?…, oui, pardonne, ô maître de la lyre !
Peut-être j’oserais, et que n’ose un amant ?
Egaler mon audace à l’amour qui m’inspire,
Et, dans des chants rivaux célébrant mon délire,
De notre amour aussi laisser un monument !
Ainsi le voyageur qui dans son court passage
Se repose un moment à l’abri du vallon,
Sur l’arbre hospitalier dont il goûta l’ombrage
Avant que de partir, aime à graver son nom !

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« Chant d'amour (II) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’amour (II)

Feuille de Tremble
Poplar leaf – Feuille de tremble Par monteregina

Un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse,
L’autre sur son beau front retombe avec mollesse,
Et le couvre à demi :
Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle
Courbe son cou d’albâtre et ramène son aile
Sur son œil endormi !

Le doux gémissement de son sein qui respire
Se mêle au bruit plaintif de l’onde qui soupire
À flots harmonieux ;
Et l’ombre de ses cils, que le zéphyr soulève,
Flotte légèrement comme l’ombre d’un rêve
Qui passe sur ses yeux ! Continuer la lecture de « « Chant d'amour (II) » d'Alphonse de Lamartine »

« Chant d'amour (I) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’Amour (I)

Naples, 1822

La Plus Belle : Paula Seling
Paula Seling Par Véronique3

Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
Le doux frémissement des ailes du zéphyre
À travers les rameaux,
Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
Ou le roucoulement des colombes plaintives,
Jouant aux bords des eaux ;

Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
Divin secret des cieux,
Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
Les anges amoureux se parlent sans parole,
Comme les yeux aux yeux ;

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« La Verdure dorée » de Tristan Derème

I

Allez et que l’amour vous serve de cornac,

Doux éléphant de mes pensées.

Ô poète, tu n’as qu’

À suivre allégrement leurs croupes balancées,
Cependant que l’espoir te tresse un blanc hamac.

Tu as voulu guider ton troupeau vers les cimes,
Vers le glacier que nul vivant n’avait foulé ;
Les éléphants tremblaient sur le bord des abîmes,
Où, tandis qu’ils tondaient un maigre serpolet,

Tu prenais des poses sublimes.

Va ! Redescends avec tes monstres affamés

Vers la douceur des terres grasses.
C’est le vallon que tu aimais,
La maison aux volets fermés,

La flûte au bord du fleuve et les vieilles terrasses.

Voici la plaine herbeuse où tu reposeras
Dans le hamac consolateur des infortunes ;
L’air nocturne caressera tes membres las,
Et les bleus éléphants brouteront des lilas,

Sous la clarté tiède des lunes.

Tristan Derème

Verdure
Verdure Arbre Par Urbanfeeds-Paris

« Renoncement » de François Mauriac

Renoncement

Au clair de la lune...
Au clair de la lune…

Mon corps était léger au jour naissant des rues,
Berger de sa douleur dans ce Paris dormant.
Il restait pur après la pureté perdue :
Qui souille le printemps ?

Qui souille le printemps ? Mais tout souille l’automne,
Et mes jeunes péchés ne furent-ils plus purs
Que ce renoncement du vieux pauvre au cœur dur,
Qui refuse l’aumône ?

Je t’ai dit non, à toi, plaintive, qui m’aimas,
Qui ne voulus sourire et ne me fis pas signe,
Mais dans la nuit, à son odeur de réséda
Je connaissais ma vigne.

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« Pleine d'Heures » de Marc Dupuy

Pleine d’heure

Pleine d'heures
Alsace, Bas-Rhin :  » Strasbourg, cathédrale Notre-Dame, horloge astronomique  » Par (vincent desjardins)

La Main pleine d’heures, tu es venue à moi – j’ai dit :
« tu n’as pas les cheveux bruns »
Alors tu les as soulevés, et les mis très légers sur la balance de la douleur : ils étaient plus lourds que moi

Ils viennent à toi sur des barques et les y chargent, ils les écoutent sur les marchés du plaisir —
Tu souris vers moi depuis le néant, je pleure vers toi depuis le plateau qui demeure léger.
Je pleure : tu n’as pas les cheveux bruns, ils offrent l’eau de la mer, et tu leur donnes des boucles…
Tu chuchotes : ils remplissent le monde rien que pour moi ; mais je demeure un chemin creux dans ton cœur !
Dis : mets avec toi le feuillage des années — il est temps que tu viennes et m’embrasses !

Le feuillage des années est brun. Tes cheveux ne le sont pas.

Marc DUPUY