« Au beau tétin » de Raoul Fornier

Au beau tétin

Femme aux Yeux Bleus
Stormy Daniels by Thomas Hawk

Plein de beautés, comme mon cœur t’adore !
C’est aussi la raison que ma plume t’honore.
Tetin, le vrai flacon où les souverains dieux
Cachent le cher trésor du nectar précieux ;
Tetin, tu es le pis de la blanche Inachide,
Que Juppin viola dans le bois Aemonide.
Es-tu pas l’entonnoir dont le dieu Cupidon
Fut servi, pour verser mainte perfection,
Au boucault 
de son corps en sa première enfance !
Tu es un mont de neige, un cornet d’abondance,
Que les dieux ont rempli de leur divinité
Autant qu’en eût jamais aucune autre beauté.
Car même ce n’est rien de l’antique Pandore,
Au prix d’un seul tetin qui la nôtre décore.
Au bout de ce cornet apparaît un bouton
Qui surpasse la rose en son beau vermillon.
Tu es le vrai soufflet du fourneau de mon âme,
Où l’amour respirant fait renaître ma flamme.
Tu es l’ambre vivant qui attire à toi
Par secrète vertu mes amours et ma foi.
Tu es le blanc carquois des flèches Paphiennes, 

Tu es le peloton qui dévide mes jours,
Tu es le globe rond, où un monde d’amours
Heureusement enclos, fait glisser en mon âme,
Par moyens inconnus une invisible flamme.
Tu es, ô beau tetin, l’ambroisie des cieux,
Tu es le chou porté dont se plaisent les dieux,
Tu es le pot au lait, la draguée musquée,
Qui suent allemandés 
pour la troupe éthérée.
Tu es le ballon blanc, las qu’heureuse sera
La seringue, ô ballon, qui premier t’enflera.
Tu es coussin blanc où Cyprine se roule.
Aux Charites  
tu sers d’un jeu de courte boule ;
Boule qui rompt le but de mes menus plaisirs,
Qui abbat le quiller de mes chastes désirs.
Et comme on voit au cieux une voie lactée,
Qui de sa couleur blanche est ainsi denommée,
Tout de même l’on voit au ciel de tes beautés
Entre deux beaux tetins l’un et l’autre écartés


Une voie de lait par laquelle on descend
A ce leiu bien-heureux où tout anmoureux tend.
C’est dommage, ô tetin, qu’une chose si belle
Est sujette à la mort ; mais pour être mortelle,
Ton los  
par ton trépas pourtant ne s’éteindra,
Ta peau à Jupiter de vellin servira
Pour écrire un poulet 
à quelque belle amie.
Ton lait lui servira pour faire la bouillie
A son premier enfant ; ainsi petit mignon,
Mon drôle, mon belaut
, ma peine, mon fiston,
Mon albâtre poli, ma pelotte arrondie,
Mon sucre, mi bidaut,
 alambic de ma vie,
Mignard de satin blanc, mon beau melon succrin,
Et pour dire en un mot, gentil petit tetin,
Comme vivant ici, tu florissais en gloire,
Aussi après ta mort florira ta mémoire.

Raoul Fornier

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