« Chanson » – Béatrice de Die

Chanson

Chanson
chanson Par stopmangohome

Grande peine m’est advenue
Pour un chevalier que j’ai eu,
Je veux qu’en tous les temps l’on sache
Comment moi, je l’ai tant aimé;
Et maintenant je suis trahie,
Car je lui refusais l’amour.
J’étais pourtant en grand’folie
Au lit comme toute vêtue.

Combien voudrais mon chevalier
Tenir un soir dans mes bras nus,
Pour lui seul, il serait comblé,
Je ferais coussin de mes hanches;
Car je m’en suis bien plus éprise
Que ne fut Flore de Blanchefleur.
Mon amour et mon cœur lui donne,
Mon âme, mes yeux, et ma vie.

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« L'invitation au voyage » – Charles Baudelaire

L’invitation au voyage

Portrait de Baudelaire
« Charles Baudelaire painted portrait » – par Abode of Chaos

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

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« La Mort des Amants » – Charles Baulelaire

La Mort des Amants

La Mort des Amants
Les Amants Par xo-mox

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Charles Baudelaire
« Les Fleurs du Mal »

« Jamais » par Alfred de Musset

Jamais

Jamais, aviez-vous dit, tandis qu’autour de nous
Résonnait de Schubert, la plaintive musique
Jamais, aviez-vu dit, tandis que, malgré vous,
Brillait de vos grands yeux l’azur mélancolique.

Jamais, répétiez-vous, pâle et d’un air si doux
Qu’on eût cru voir sourire une médaille antique.
Mais des trésors secrets l’instinct fier et pudique
Vous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.

Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage !
Hélas! je ne voyais ni ce charmant visage,
Ni ce divin sourire, en vous parlant d’aimer.

Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n’est belle.
Même en les regardant, je ne regrettais qu’elle,
Et de voir dans sa fleur un tel cœur se fermer.

Alfred de Musset

« Poésies Nouvelles »

Jamais
bellone – 120323 – éditions brugger – jamais Par fabonthemoon

« M'amour, tu as trahi ma jeunesse peu caute » – Marc de Papillon de Lasphrise

M’amour, tu as trahi ma jeunesse peu caute

De M'amour Soiez Sure
De M’amour Soiez Sure Par djwudi

M’amour, tu as trahi ma jeunesse peu caute.
Je brûle t’oeilladant, certes je n’en puis plus !
Vois ma couleur changeante et vois mes sens émus,
Je suis près du péril de l’agréable faute.

Je ne quiers si tu es papiste ou huguenote,
Amour n’a point de loi. Malheureux sont tenus
Ceux qui ne sont sujets de la belle Vénus,
Qui fuit l’ombre d’honneur comme une chose sotte.

Quel bonheur, quelle joie est-ce qu’on en reçoit ?
C’est un abus commun qui les femmes déçoit,
Où l’amour est un bien qui réjouit notre âme.

C’est trop dit, je me perds, ha mon dieu ! je me meurs,
Je sens une liqueur qui doucement me pâme.
Bienheureux qui finit entre tant de faveurs.

Marc de Papillon de Lasphrise

« Vénus Rustique » – Guy de Maupassant

Vénus Rustique

Les Dieux sont éternels. Il en naît parmi nous
Autant qu’il en naissait dans l’antique Italie,
Mais on ne reste plus des siècles à genoux,
Et, sitôt qu’ils sont morts, le peuple les oublie.
Il en naîtra toujours, et les derniers venus
Régneront malgré tout sur la foule incrédule :
Tous les héros sont faits de la race d’Hercule,
La vieille terre enfante encore des Vénus.

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