« Moine Simple » par Émile VERHAEREN

Moines

Moine simple

Ce convers recueilli sous la soutane bise
Cachait l’amour naïf d’un saint François d’Assise.

Tendre, dévotieux, doux, fraternel, fervent,
II était jardinier des fleurs dans le couvent.

Il les aimait, le simple, avec toute son âme,
Et ses doigts se chauffaient à leurs feuilles de flamme.

Elles lui parfumaient la vie et le sommeil,
Et pour elles, c’était qu’il aimait le soleil

Et le firmament pur et les nuits diaphanes,
Où les étoiles d’or suspendent leurs lianes.

Tout enfant, il pleurait aux légendes d’antan
Où sont tués dés lys sous les pieds de Satan,

Où dans un infini vague, fait d’apparences,
Passent des séraphins parmi des transparences. Continuer la lecture de « « Moine Simple » par Émile VERHAEREN »

« Choses écrites à Créteil » de Victor Hugo

Choses écrites à Créteil

Sachez qu’hier, de ma lucarne,
J’ai vu, j’ai couvert de clins d’yeux
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux.

Près d’un vieux pont, dans les saulées,
Elle lavait, allait, venait ;
L’aube et la brise étaient mêlées
À la grâce de son bonnet.

Je la voyais de loin. Sa mante
L’entourait de plis palpitants.
Aux folles broussailles qu’augmente
L’intempérance du printemps,

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d’une écume de fleurs, Continuer la lecture de « « Choses écrites à Créteil » de Victor Hugo »

« Le Rosaire des Cloches » de Charles Guérin

Rosaire du Clocher

Le rosaire des cloches

Les cloches dans leurs tours égrènent un rosaire
Mélancolique, par l’air d’une nuit d’été.
Or j’ai bu le poison aux yeux de la Beauté,
Et j’ai peine à ne pas crier sous ma misère.

Ô lourd ciboire où le damné se désaltère !
Ô coupe d’or sanglant où dort l’eau du Léthé !…
Les cloches dans leurs tours égrènent un rosaire
Mélancolique, par l’air d’une nuit d’été. Continuer la lecture de « « Le Rosaire des Cloches » de Charles Guérin »

« Je respire où tu palpites » par Victor Hugo

Ombre et Limière

Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles ;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau. Continuer la lecture de « « Je respire où tu palpites » par Victor Hugo »

Poème de Victor Hugo : « Au bord de la mer »

Bord de Mer

Au bord de la mer

Vois, ce spectacle est beau. – Ce paysage immense
Qui toujours devant nous finit et recommence ;
Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ;
Ce chaume où l’on entend rire un groupe joyeux ;
L’océan qui s’ajoute à la plaine où nous sommes ;
Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes,
Montrant la double main empreinte en ses contours,
Et des amas de rocs sous des monceaux de tours ;
Ces landes, ces forêts, ces crêtes déchirées ;
Ces antres à fleur d’eau qui boivent les marées ;
Cette montagne, au front de nuages couvert,
Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert,
Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe ;
La ville que la brume à demi nous dérobe,
Avec ses mille toits bourdonnants et pressés ;
Ce bruit de pas sans nombre et de rameaux froissés,
De voix et de chansons qui par moments s’élève ;
Ces lames que la mer amincit sur la grève,
Où les longs cheveux verts des sombres goëmons
Tremblent dans l’eau moirée avec l’ombre des monts ;
Cet oiseau qui voyage et cet oiseau qui joue ;
Ici cette charrue, et là-bas cette proue,
Traçant en même temps chacune leur sillon ;
Ces arbres et ces mâts, jouets de l’aquilon ;
Et là-bas, par-delà les collines lointaines,
Ces horizons remplis de formes incertaines ;
Tout ce que nous voyons, brumeux ou transparent,
Flottant dans les clartés, dans les ombres errant,
Fuyant, debout, penché, fourmillant, solitaire,
Vagues, rochers, gazons, – regarde, c’est la terre ! Continuer la lecture de « Poème de Victor Hugo : « Au bord de la mer » »