« Orgueil d'aimer » de François Coppée

Orgueil d’aimer

Hélas ! la chimère s’envole
Et l’espoir ne m’est plus permis ;
Mais je défends qu’on me console.

Ne me plaignez pas, mes amis.
J’aime ma peine intérieure
Et l’accepte d’un cœur soumis.

Ma part est encor la meilleure,
Puisque mon amour m’est resté ;
Ne me plaignez pas si j’en pleure.

À votre lampe, aux soirs d’été,
Les papillons couleur de soufre
Meurent pour avoir palpité ;

Ainsi mon amour, comme un gouffre,
M’entraîne, et je vais m’engloutir ;
Ne me plaignez pas si j’en souffre.

Car je ne puis me repentir,
Et dans la torture subie
J’ai la volupté du martyr ;

Et s’il faut y laisser ma vie,
Ce sera sans lâches clameurs.
J’aime ! j’aime ! et veux qu’on m’envie !

Ne me plaignez pas si j’en meurs.

François Coppée
« L’exilée »

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Paysage à Vezelay, Direction Saint-Père… Par Marc DUPUY

« Le beau souleil, le jour saint Valentin » de Charles d'Orléans

Le beau souleil, le jour saint Valentin

Le beau souleil, le jour saint Valentin,
Qui apportoit sa chandelle alumee,
N’a pas longtemps entra un bien matin
Priveement en ma chambre fermee.
Celle clarté qu’il avoit apportee,
Si m’esveilla du somme de soussy
Ou j’avoye toute la nuit dormy
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d’Amours, faisoient assemblee
Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livree
Que Nature leur avoit ordonnee
C’estoit d’un per comme chascun choisy.
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Lors en moillant de larmes mon coessin
Je regrettay ma dure destinee,
Disant :  » Oyseaulx, je vous voy en chemin
De tout plaisir et joye desiree.
Chascun de vous a per qui lui agree,
Et point n’en ay, car Mort, qui m’a trahy,
A prins mon per dont en dueil je languy
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.  »

ENVOI

Saint Valentin choisissent ceste annee
Ceulx et celles de l’amoureux party.
Seul me tendray, de confort desgarny,
Sur le dur lit d’ennuieuse pensee.

Charles d’Orléans
« Ballades »

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« Soleil Rouge » par Marc DUPUY

« Mon tendre amour » d'Isabelle Goincourt

Mon Tendre Amour

Poème pour la Saint-Valentin

De nos passés séparés
De notre avenir à venir
Nos épreuves nous ont fait grandir
Pour mieux maintenant nous construire.

De notre rencontre est né un amour amusé
De notre vie à deux, une complicité tant aimée.

Tu es l’homme de ma vie
En un baiser tu m’as envoûtée
Nous allons nous marier le 10 février,
Pour consolider et officialiser
Ce que nous savions depuis toujours :
Notre merveilleuse histoire d’amour !

Isabelle Goincourt

« FURIEUSEMENT » de Lucie Delarue-Mardrus

FURIEUSEMENT

Je veux te prendre, toi que je tiens haletante
Contre mes seins, les yeux de noirs de consentement ;
Je veux te posséder comme un amant,
Je veux te prendre jusqu’au cœur !…Je veux te prendre !…

Ah ! rouler ma nudité sur ta nudité,
Te fixer, te dévorer les yeux jusqu’à l’âme,
Te vouloir, te vouloir !… Et n’être qu’une femme
Sur le bord défendu de la félicité !…

Et m’assouvir d’une possession ingrate
Qui voudrait te combler, t’atteindre, t’éventrer,
Et qui n’est rien qu’un geste vain d’ongle fardé
Fouillant de loin ta chair profonde et délicate !…

Lucie Delarue-Mardrus

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Kiss In (11) – 26Sep09, Paris (France) Par philippe leroyer

« Nocturne » de Renée Vivien

Nocturne

J’adore la langueur de ta lèvre charnelle
Où persiste le pli des baisers d’autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
Et ton impitoyable et perverse prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.

Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée,
Légers et vaporeux, presque immatériel,
Semblent, ô Bien-Aimée,
Recéler les rayons d’une lune embrumée,
D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels.

Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve :
Les astres sont pareils aux regards sensuels
Dans l’éther d’un gris mauve,
Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, — les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.La terre s’alanguit, énervée, et la brise,
Chaude encore des lits lointains, vient assouplir
La mer lasse et soumise…
Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
Dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

Renée Vivien
« Études et Préludes »

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Paris Brûle-t-il, par Marc DUPUY