« Supplique » de Victor Segalen

Supplique

Tu seras priée de sourires, de regards et de certains abandons,
et d’offrandes que tu repousses par principe, jeune fille
encore ;

Tu seras implorée de dire quoi tu veux, ce dont tu as soif,
les parures à ton gré, – rouges linges nuptiaux, poèmes, chants
et sacrifices… (suite…)

« Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy

« Amour déchirure » par Abdeslam Kaissy

Amour déchirure

Mon amour, ma passion, ma douleur
Je me meurs en toi, mon coeur est en pleurs
Je veux te voir, te revoir et encore te revoir
Jusqu’à la déchirure, jusqu’au désespoir
Caresser ta peau, m’imprégner de tes senteurs
Sentir tes courbes généreuses, ouïr ton cœur
Honnir ce qui fait ta déprime, abhorrer ta peur
Tes élans métaphysiques et ton anti-mémoire
Ta douce schizophrénie minée par l’espoir (suite…)

« Amour, adieu… » de Pierre de Brach

Amour, adieu…

Amour, adieu, je prends congé de toi
Amour, adieu, je m’en vais, je te laisse,
Je ne veux plus aimer cette maîtresse
Qui m’a tenu si longtemps en émoi.

Je ne veux plus la voir rire de moi,
S’éjouissant de me voir en tristesse.
Ni son bel oeil, qui m’oeillade sans cesse,
Ni de sa bouche une parjure foi,

Ni sa beauté, de moi tant admirée,
Ni de ses yeux une flèche tirée,
Ne me vaincront pour me rendre encor sien. (suite…)

« Source de mes pleurs, arrêtez » de Christofle de Beaujeu

Source de mes pleurs, arrêtez

Source de mes pleurs, arrêtez
En ce lieu votre vite course,
Pour ouïr chanter les beautés
D’une qui est devenue Ourse,
Que les Dieux punissant ainsi
Ont mise en ce rocher ici.

Je veux aussi mon mal chanter,
Où toujours plus constant je dure,
Voulant désormais habiter
Auprès de cette roche dure,
Où ma maîtresse d’autrefois,
Pourra toujours ouïr ma voix.

Je lui disais bien que les Dieux
Puniraient sa cruauté fière ;
Ainsi la vengeance des Cieux
L’a mise ici pour forestière,
Où je veux ermite mourir,
Afin de la pouvoir servir.

Ces belles mains que j’aimais tant
Sont ores deux pattes velues,
Qui vont maint rocher éclatant,
Et maint arbre voisin des nues.
Au lieu de deux monts albatrins
Elle a vingt ou trente tétins.

Ses yeux sur tous autres beaux
Ne sont plus de l’Amour les armes,
Ce ne sont plus ces deux flambeaux
Qui m’ont tant fait verser de larmes.
Hélas ! beaux yeux, pour vos méfaits,
Vous serez ainsi à jamais !

Ce teint poli dont j’avais peur,
Que j’aimais, qui était ma crainte,
N’a plus rien de cette blancheur
Dont j’ai encore l’âme atteinte :
Ce n’est plus qu’un gros poil tanné.
Hélas ! que j’en suis étonné !

Cette bouche, embellie autour
De deux rangs de perles naïves,
N’est plus la bouche où cet Amour
Trouvait ces atteintes si vives,
Ces roses vermeilles ne sont
Comme autrefois dessus son front. (suite…)

« Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière » de Christofle de Beaujeu

« Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière » de Christofle de Beaujeu

Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière

Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière,
Si j’oublie les mots que j’endure pour toi,
J’en suis si indigné quand je m’en ramentois
Que toujours je voudrais que tu me fusses fière.

Je voudrais que toujours ta rigueur fût entière,
Et que toujours ton feu s’irritât contre moi,
Afin que l’on connût plus clairement ma foi,
Mon amour, mon désir, et ma constance entière, (suite…)

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