« À mes vers » de Nicolas Boileau

« À mes vers »

 

Vers
Photo ZR / Texte JP : Cet Aujourd’hui et ces lendemains par quelquepartsurlaterre

J’ai beau vous arrester, ma remontrance est vaine ;
allés, partés, mes vers, dernier fruit de ma veine ;
c’ est trop languir chés moi dans un obscur séjour.
La prison vous déplaist, vous cherchés le grand jour ;
et déja chés Barbin, ambitieux libelles,
vous brûlez d’ etaler vos feüilles criminelles.
Vains et foibles enfans de ma vieillesse nés,
vous croyés sur les pas de vos heureux aisnés,
voir bien-tost vos bons mots passant du peuple aux princes,
charmer également la ville et les provinces,
et par le prompt effet d’ un sel réjoüissant
devenir quelquefois proverbes en naissant.
Mais perdés cette erreur dont l’ appas vous amorce. Continuer la lecture de « « À mes vers » de Nicolas Boileau »

« Une mort héroïque » de Charles Baudelaire

 Une mort héroïque

Rays
Rays Par Atli Harðarson

Fancioulle était un admirable bouffon, et presque un des amis du Prince. Mais pour les personnes vouées par état au comique, les choses sérieuses ont de fatales attractions, et, bien qu’il puisse paraître bizarre que les idées de patrie et de liberté s’emparent despotiquement du cerveau d’un histrion, un jour Fancioulle entra dans une conspiration formée par quelques gentilshommes mécontents.
Il existe partout des hommes de bien pour dénoncer au pouvoir ces individus d’humeur atrabilaire qui veulent déposer les princes et opérer, sans la consulter, le déménagement d’une société. Les seigneurs en question furent arrêtés, ainsi que Fancioulle, et voués à une mort certaine. Continuer la lecture de « « Une mort héroïque » de Charles Baudelaire »

« La Belle Dorothée » de Charles Baudelaire

La Belle Dorothée

Dorothée Elmiger
Dorothee Elmiger par Malmö stadsbibliotek

Le soleil accable la ville de sa lumière droite et terrible; le sable est éblouissant et la mer miroite. Le monde stupéfié s’affaisse lâchement et fait la sieste, une sieste qui est une espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement.
Cependant Dorothée, forte et fière comme le soleil, s’avance dans la rue déserte, seule vivante à cette heure sous l’immense azur, et faisant sur la lumière une tache éclatante et noire.
Elle s’avance, balançant mollement son torse si mince sur ses hanches si larges. Sa robe de soie collante, d’un ton clair et rose, tranche vivement sur les ténèbres de sa peau et moule exactement sa taille longue, son dos creux et sa gorge pointue.
Son ombrelle rouge, tamisant la lumière, projette sur son visage sombre le fard sanglant de ses reflets.
Le poids de son énorme chevelure presque bleue tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. De lourdes pendeloques gazouillent secrètement à ses mignonnes oreilles. Continuer la lecture de « « La Belle Dorothée » de Charles Baudelaire »

« English people cannot like the Beatles » de Sol Orietur

English people cannot like the Beatles

Je m’en irai mon amour,
Nous n’irons plus cueillir des étoiles,
Cela me fera bien mal,
Me soigneront les jours et les jours…

Et les jours m’écraseront
Sous leur ennui… nous n’irons donc plus
Chasser le temps, qu’il brillât, qu’il plût,
Poursuivre les chaperons… Continuer la lecture de « « English people cannot like the Beatles » de Sol Orietur »