« Caligula – 3e chant » de Gérard de Nerval

Caligula – 3e chant

Caligula
Calígula, Musée du Louvre. Par Sebastià Giralt

César a fermé la paupière ;
Au jour doit succéder la nuit ;
Que s’éteigne toute lumière,
Que s’évanouisse tout bruit.

A travers ces arcades sombres,
Enfants aux folles passions,
Disparaissez comme des ombres,
Fuyez comme des visions.

Allez, que le caprice emporte
Chaque âme selon son désir,
Et que, close après vous, la porte
Ne se rouvre plus qu’au plaisir.

Gérard de Nerval

« Odelettes »

« Une amoureuse flamme » de Gérard de Nerval

Une amoureuse flamme

Flamme
Flamme Par kari_bum

Une amoureuse flamme
Consume mes beaux jours ;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours !

Son départ, son absence
Sont pour moi le cercueil ;
Et loin de sa présence
Tout me paraît en deuil.

Alors, ma pauvre tête
Se dérange bientôt ;
Mon faible esprit s’arrête,
Puis se glace aussitôt.

Une amoureuse flamme
Consume mes beaux jours ;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours !

je suis à ma fenêtre,
Ou dehors, tout le jour,
C’est pour le voir paraître,
Ou hâter son retour.

Sa marche que j’admire,
Son port si gracieux,
Sa bouche au doux sourire,
Le charme de ses yeux ; Continuer la lecture de « « Une amoureuse flamme » de Gérard de Nerval »

« Vous qui voulez savoir que c'est que de l'amour » de Jean Godard

Vous qui voulez savoir que c’est que de l’amour

Sourire
Sourire

Vous qui voulez savoir que c’est que de l’amour,
Je le vous vais ici tout maintenant décrire.
C’est un vrai doux amer, c’est un triste sourire ;
C’est l’aigle du Caucase et le bourreau vautour.

C’est sans cesse espérer et craindre tour à tour ;
C’est plaindre son malheur et se plaire au martyre ;
C’est sans cesse louer, c’est sans cesse médire ;
C’est être bien dispos étant pesant et lourd. Continuer la lecture de « « Vous qui voulez savoir que c'est que de l'amour » de Jean Godard »

« Rupture » de Beverly Abril

Rupture

Rupture
(tristesse) Par hugo b♪rth♪→photostream

Solitaire à sa fenêtre, une amante, une nuit
Déclama à son Sir, à corps et à cri
Doucement blessée, un peu lasse
Mais prise dans un élan de passion et de grâce

Ironie du sort
Appel du gouffre et de la mort
Noirceur d’une âme endeuillée
Linceul en écharpe porté

Oh! ne crois pas que je t’implore
Non, plus d’imploration, de quête ni de séduction
Elan perpétuel, cette envie d’encore
Désir d’une trêve, évincer la tension

L’empressée que je suis
N’arrêtera l’envol de Chronos
Ne me demandez pas, je ne puis
Arrêter celui d’Eros

Attachée à la vision de ces pâles souvenirs
Comment ai-je ainsi pu agir…
Je vous délie de mes troubles péchés pesants
Cet espace de douceur a attendri vos traits pourtant

Et ce désir faisant crépiter ma peau
Réponse algébrique à la somme de tous mes maux
Comment oublier ces divins instants
Où vous avez fait battre mon cœur de votre sang Continuer la lecture de « « Rupture » de Beverly Abril »

« À George Sand » (II) par Alfred de Musset

À George Sand

[singlepic id=111 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Telle de l’Angelus, la cloche matinale
Fait dans les carrefours hurler les chiens errants,
Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l’eau lustrale,
Ô George, a fait pousser de hideux aboiements,

Mais quand les vents sifflaient sur ta muse au front pâle,
Tu n’as pu renouer tes longs cheveux flottants ;
Tu savais que Phébé, l’Étoile virginale
Qui soulève les mers, fait baver les serpents.

Tu n’as pas répondu, même par un sourire,
A ceux qui s’épuisaient en tourments inconnus,
Pour mettre un peu de fange autour de tes pieds nus.

Comme Desdémona, t’inclinant sur ta lyre,
Quand l’orage a passé tu n’as pas écouté,
Et tes grands yeux rêveurs ne s’en sont pas douté.

Alfred de Musset

Crédit Photo : George Sand Par fredpanassac

« Idylle » par Alfred de Musset

Idylle

poussières sur deux coeurs
poussières sur deux cœurs Par francois et fier de l’Être

À quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis.
Quels entretiens choisir, honnêtes et permis,
Mais gais, tels qu’un vieux vin les conseille et les aime ?

RODOLPHE

Parlons de nos amours ; la joie et la beauté
Sont mes dieux les plus chers, après la liberté.
Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle.
Par les bois et les prés, les bergers de Virgile
Fêtaient la poésie à toute heure, en tout lieu ;
Ainsi chante au soleil la cigale-dorée.
D’une voix plus modeste, au hasard inspirée,
Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu.

ALBERT

Faisons ce qui te plaît. Parfois, en cette vie,
Une chanson nous berce et nous aide à souffrir,
Et, si nous offensons l’antique poésie,
Son ombre même est douce à qui la sait chérir.

RODOLPHE

Rosalie est le nom de la brune fillette
Dont l’inconstant hasard m’a fait maître et seigneur.
Son nom fait mon délice, et, quand je le répète,
Je le sens, chaque fois, mieux gravé dans mon coeur.

ALBERT

Je ne puis sur ce ton parler de mon amie.
Bien que son nom aussi soit doux à prononcer,
Je ne saurais sans honte à tel point l’offenser,
Et dire, en un seul mot, le secret de ma vie.

RODOLPHE

Que la fortune abonde en caprices charmants
Dès nos premiers regards nous devînmes amants.
C’était un mardi gras dans une mascarade ;
Nous soupions ; – la Folie agita ses grelots,
Et notre amour naissant sortit d’une rasade,
Comme autrefois Vénus de l’écume des flots.

ALBERT

Quels mystères profonds dans l’humaine misère !
Quand, sous les marronniers, à côté de sa mère,
Je la vis, à pas lents, entrer si doucement
(Son front était si pur, son regard si tranquille ! ),
Le ciel m’en est témoin, dès le premier moment,
Je compris que l’aimer était peine inutile ;
Et cependant mon coeur prit un amer plaisir
À sentir qu’il aimait et qu’il allait souffrir !

RODOLPHE

Depuis qu’à mon chevet rit cette tête folle,
Elle en chasse à la fois le sommeil et l’ennui ;
Au bruit de nos baisers le temps joyeux s’envole,
Et notre lit de fleurs n’a pas encore un pli.

ALBERT

Depuis que dans ses yeux ma peine a pris naissance,
Nul ne sait le tourment dont je suis déchiré.
Elle-même l’ignore, – et ma seule espérance
Est qu’elle le devine un jour, quand j’en mourrai.

RODOLPHE

Quand mon enchanteresse entr’ouvre sa paupière,
Sombre comme la nuit, pur comme la lumière,
Sur l’émail de ses yeux brille un noir diamant.

ALBERT

Comme sur une fleur une goutte de pluie,
Comme une pâle étoile au fond du firmament,
Ainsi brille en tremblant le regard de ma vie.

RODOLPHE

Son front n’est pas plus grand que celui de Vénus.
Par un noeud de ruban deux bandeaux retenus
L’entourent mollement d’une fraîche auréole ;
Et, lorsqu’au pied du lit tombent ses longs cheveux,
On croirait voir, le soir, sur ses flancs amoureux,
Se dérouler gaiement la mantille espagnole.

ALBERT

Ce bonheur à mes yeux n’a pas été donné
De voir jamais ainsi la tête bien-aimée.
Le chaste sanctuaire où siège sa pensée
D’un diadème d’or est toujours couronné.

RODOLPHE

Voyez-la, le matin, qui gazouille et sautille ;
Son coeur est un oiseau, – sa bouche est une fleur.
C’est là qu’il faut saisir cette indolente fille,
Et, sur la pourpre vive où le rire pétille,
De son souffle enivrant respirer la fraîcheur.

ALBERT

Une fois seulement, j’étais le soir près d’elle ;
Le sommeil lui venait et la rendait plus belle ;
Elle pencha vers moi son front plein de langueur,
Et, comme on voit s’ouvrir une rose endormie,
Dans un faible soupir, des lèvres de ma mie,
Je sentis s’exhaler le parfum de son coeur. Continuer la lecture de « « Idylle » par Alfred de Musset »

« Encor que toi, Diane, à Diane tu sois » par Étienne Jodelle

Encor que toi, Diane, à Diane tu sois

Diane Kruger
Diane Kruger par Siebbi

Encor que toi, Diane, à Diane tu sois
Pareille en traits, en grâce, en majesté céleste,
En coeur, et haut, et chaste, et presqu’en tout le reste
Fors qu’en l’austérité des virginales lois,

La riche et rare fleur, qu’en tout ton corps tu vois,
Ton enbonpoint, ta grâce, et ta vigueur atteste,
Que puis qu’un autre hymen a dénoué ton ceste
Virginal, en veuvage envieillir tu ne dois. Continuer la lecture de « « Encor que toi, Diane, à Diane tu sois » par Étienne Jodelle »