« Éloge de la jeune fille » de Victor Segalen

 Éloge de la jeune fille

Magistrats ! dévouez aux épouses vos arcs triomphaux. Enjambez
les routes avec la louange des veuves obstinées. Usez du ciment,
du faux marbre et de la boue séchée pour dresser les mérites de
ces dames respectables, – c’est votre emploi.

Je garde le mien qui est d’offrir à une autre un léger tribut de
paroles, une arche de buée dans les yeux, un palais trouble
dansant au son du cœur et de la mer.

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« Avec mes sens, avec mon cœur… » d'Émile Verhaeren

Avec mes sens, avec mon cœur…

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,
Avec mon être entier tendu comme un flambeau
Vers ta bonté et vers ta charité
Sans cesse inassouvies,
Je t’aime et te louange et je te remercie
D’être venue, un jour, si simplement,
Par les chemins du dévouement,
Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.

Depuis ce jour,
Je sais, oh ! quel amour
Candide et clair ainsi que la rosée
Tombe de toi sur mon âme tranquillisée. Continuer la lecture de « « Avec mes sens, avec mon cœur… » d'Émile Verhaeren »

« La Généreuse » de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant

La Généreuse

Extraits

Pendant que mon auguste reine
Résiste aux outrages du sort,
Muse, pour un dernier effort,
Chantons sa gloire dans sa peine.
Employons aujourd’hui, mais d’un air de grandeur,
Un noble et saint reste d’ardeur
Qui nous purge d’ingratitude
Et comme fait ce bois où je fais mon étude,
Accordons l’ombre et la splendeur.

… Il faut que le siècle confesse
Que Louise en fait l’ornement
Et que son rare jugement
Est le trône de la sagesse.
J’admire de sa vie et le lustre et l’odeur ;
J’admire la sainte froideur
Qui de l’éloge la détache ;
Mais j’admire surtout que, lorsqu’elle se cache,
C’est lors qu’on voit mieux sa splendeur. Continuer la lecture de « « La Généreuse » de Marc-Antoine Girard de Saint-Amant »

« Helas, si tu me vois constant en inconstance » de Jean-Antoine de Baïf

Helas, si tu me vois constant en inconstance

Helas, si tu me vois constant en inconstance
Et changer de propos et muer de visage,
Comme le flot d’amour me reculle ou m’avance ;

Helas, si tu me vois varier d’heure en heure,
De moment en moment entre raison et rage,
Sans qu’un rien en un point un mesme je demeure : Continuer la lecture de « « Helas, si tu me vois constant en inconstance » de Jean-Antoine de Baïf »