« Au bord tristement doux des eaux, je me retire » de Jacques Davy du Perron

 Au bord tristement doux des eaux, je me retire

Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et vois couler ensemble, et les eaux, et mes jours,
Je m’y vois sec, et pâle, et si j’aime toujours
Leur rêveuse mollesse où ma peine se mire.

Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j’aime les bois et les bois les plus sourds,
Quand j’ai jeté mes cris, me les viennent redire.

Dame dont les beautés me possèdent si fort,
Qu’étant absent de vous je n’aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je vois dedans les eaux, j’entends dedans les bois,
L’image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent, et qui volent.

Jacques Davy du Perron

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Bout de Plage par Marc DUPUY

« Vénus de Milo » de Charles-Marie Leconte de Lisle

Vénus de Milo

Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
O Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !

Tu n’es pas Aphrodite, au bercement de l’onde,
Sur ta conque d’azur posant un pied neigeux,
Tandis qu’autour de toi, vision rose et blonde,
Volent les Rires d’or avec l’essaim des Jeux.

Tu n’es pas Kythérée, en ta pose assouplie,
Parfumant de baisers l’Adonis bienheureux,
Et n’ayant pour témoins sur le rameau qui plie
Que colombes d’albâtre et ramiers amoureux.

Et tu n’es pas la Muse aux lèvres éloquentes,
La pudique Vénus, ni la molle Astarté
Qui, le front couronné de roses et d’acanthes,
Sur un lit de lotos se meurt de volupté.

Non ! les Rires, les Jeux, les Grâces enlacées,
Rougissantes d’amour, ne t’accompagnent pas.
Ton cortège est formé d’étoiles cadencées,
Et les globes en choeur s’enchaînent sur tes pas.

Du bonheur impassible ô symbole adorable,
Calme comme la Mer en sa sérénité,
Nul sanglot n’a brisé ton sein inaltérable,
Jamais les pleurs humains n’ont terni ta beauté.

Salut ! A ton aspect le coeur se précipite.
Un flot marmoréen inonde tes pieds blancs ;
Tu marches, fière et nue, et le monde palpite,
Et le monde est à toi, Déesse aux larges flancs !

Iles, séjour des Dieux ! Hellas, mère sacrée !
Oh ! que ne suis-je né dans le saint Archipel,
Aux siècles glorieux où la Terre inspirée
Voyait le Ciel descendre à son premier appel !

Si mon berceau, flottant sur la Thétis antique,
Ne fut point caressé de son tiède cristal ;
Si je n’ai point prié sous le fronton attique,
Beauté victorieuse, à ton autel natal ;

Allume dans mon sein la sublime étincelle,
N’enferme point ma gloire au tombeau soucieux ;
Et fais que ma pensée en rythmes d’or ruisselle,
Comme un divin métal au moule harmonieux.

Charles-Marie Leconte de Lisle

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Venus MiloPar grahamcase

« À Ninon » de Claude-Emmanuel Lhuillier

À Ninon

Extrait du poème

De grâce, introduis-moi chez elle
Je brûle de voir cette belle
Si c’est mon mal, si c’est mon bien
Je veux mourir si j’en sais rien.
….
Elle est ou contraire ou propice
Selon qu’il plaît à son caprice
Et son caprice, ce dit-on
Vaut souvent mieux que sa raison.

Ami courons à ces délices
Allons offrir sous tes auspices
Et mon cœur et ma liberté
À cette mortelle beauté
Ne trompe pas mon espérance
Je meurs d’impatience
Et si je ne la vois mardi
Tu me verras mort mercredi.

Claude-Emmanuel Lhuillier, dit CHAPELLE

Ninon Lenclos
Ninon Lenclos Par Stifts- och landsbiblioteket i Skara

Poème d'amour pour Hélène – René Guy Cadou

Les chevaux de l’amour me parlent de rencontres
Qu’ils font en revenant par des chemins déserts
Une femme inconnue les arrête et les baigne
D’un regard douloureux tout chargé de forêts

Méfie-toi disent-ils sa tristesse est la nôtre
Et pour avoir aimé une telle douleur
Tu ne marcheras plus tête nue sous les branches
Sans savoir que le poids de la vie est sur toi

Mais je marche et je sais que tes mains me répondent
Ô femme dans le clair prétexte des bourgeons
Et que tu n’attends pas que les fibres se soudent
Pour amoureusement y graver nos prénoms

Tu roules sous tes doigts comme des pommes vertes
De soleil en soleil les joues grises du temps
Et poses sur les yeux fatigués des villages
La bonne taie d’un long sommeil de bois dormant

Montre tes seins que je voie vivre en pleine neige
La bête des glaciers qui porte sur le front
Le double anneau du jour et la douceur de n’être
Qu’une bête aux yeux doux dont on touche le fond

Telle tu m’apparais que mon amour figure
Un arbre descendu dans le chaud de l’été
Comme une tentation adorable qui dure
Le temps d’une seconde et d’une éternité.

René Guy Cadou

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helenew Par Giuseppe Milani – Clinico

Poème d'amour pour Hélène – René Guy Cadou

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

René Guy Cadou

 

Helene Sedelmayer (12 May, 1813 - 18 November, 1898) Par 1way2rock

Poème d'amour pour Hélène – René Guy Cadou

Comme un fleuve s’est mis
À aimer son voyage
Un jour tu t’es trouvée
Dévêtue dans mes bras

Et je n’ai plus songé
Qu’à te couvrir de feuilles
De mains nues et de feuilles
Pour que tu n’aies point froid

Car t’aimais-je autrement
Qu’à travers tes eaux vives
Corps de femme un instant
Suspendu à mes doigts

Et pouvais-je poser
Sur tant de pierres chaudes
Un regard qui n’aurait
Été que du désir ?

Vierge tu réponds mieux
À l’obscure sentence
Que mon coeur fait peser
Doucement sur ton coeur

Et si j’ai le tourment
De ta métamorphose
C’est qu’il me faut aimer
Ton amour avant toi.

René Guy Cadou

Color Helene Par unclebumpy

« Aude nue, poésie sans drap » par Segovellaune

Aude nue, poésie sans drap

Y laissant ma plume d’auteur
J’ai le coeur atteint d’une belle
Sang rouge, j’enseigne en couleur
Tous les desseins et les mots d’elle

Pousse-aux-rimes, c’est provocant
Ton corps maîtresse sans grillons
Tes escarpins en vers luisants
Sur poésie, tatouent « frissons »

Je pose tes pieds sur velours
Te voilà nue, Aude ou sans drap
Ce conte dit, c’est de l’amour
Puisqu’écrit en Alexandra

Quel est ton prénom et nombril ?
Donne l’émoi, lady en glaise
Car dans les règles de l’argile
C’est en sous-bois que je te fraise

Il vire au chaud, le temps d’extase
Sens ce bonheur, ma fleur de fruit
J’en perds les maux, ça me déphrase
À compte d’odeur, je publie

Segovellaune

12/01/2012

Sleeping beauty par Baptigrou

« Un beau soir d'Italie » d'Albert Samain

Un beau soir d’Italie

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions… Toi, câline et d’Amour amollie,
Tu regardais, bercée au coeur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance :
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants ! Continuer la lecture de « « Un beau soir d'Italie » d'Albert Samain »