Poème d'Yves Broussard

La Gorge encore frémissante
implorant le pardon des abeilles
en d’imperceptibles chants

elle se retourne

puis observe avec langueur
toutes des efflorescences
à l’orée de la nuit

et l’incendie
des draps.

Yves Broussard

La Fille de l'air
La Chine en mouvement : chemin champêtre Par bertrand môgendre

« Cependant que tu dis ta Cassandre divine » de Joachim du Bellay

Cependant que tu dis ta Cassandre divine

Cependant que tu dis ta Cassandre divine,
Les louanges du roi, et l’héritier d’Hector,
Et ce Montmorency, notre français Nestor,
Et que de sa faveur Henri t’estime digne :

Je me promène seul sur la rive latine,
La France regrettant, et regrettant encor
Mes antiques amis, mon plus riche trésor,
Et le plaisant séjour de ma terre angevine.

Je regrette les bois, et les champs blondissants,
Les vignes, les jardins, et les prés verdissants
Que mon fleuve traverse : ici pour récompense

Ne voyant que l’orgueil de ces monceaux pierreux,
Où me tient attaché d’un espoir malheureux
Ce que possède moins celui qui plus y pense.

Joachim du Bellay
« Les Regrets »

 

Dans les Yeux de Cassandre
Dans les Yeux de Cassandre, par Delphine

« Les plaintes d'Ariane » d'Anna de Noailles

Les plaintes d’Ariane

Le vent qui fait tomber les prunes,
Les coings verts,
Qui fait vaciller la lune,
Le vent qui mène la mer,

Le vent qui rompt et qui saccage,
Le vent froid,
Qu’il vienne et qu’il fasse rage
Sur mon cœur en désarroi !

Qu’il vienne comme dans les feuilles
Le vent clair
Sur mon cœur, et qu’il le cueille
Mon cœur et son suc amer.

Ah ! qu’elle vienne la tempête
Bond par bond,
Qu’elle prenne dans ma tête
Ma douleur qui tourne en rond.

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« Une Dame tançoit sa Servante… » de Jean Auvray

Dame
Dame met hoed par Par Roel Wijnants

Une Dame tançoit sa Servante, accusée
D’avoir faict en joüant ce qu’on fait de là l’eau :
– « Vien-çà, nomme-le moy, pauvre fille abusée,
Le meschant qui oza chez nous faire un Bordeau !

— C’est vostre Mareschal, Madame. — Ô la rusée !
Combien as-tu de fois remmanché son marteau ?
— Il me le fit six coups en fillant ma fusée
Et si vouloit encor lever mon devanteau.

– Six coups ! ce dit la Dame, en extase ravie,
Une femme d’honneur en seroit bien servie…
Fuy d’icy, ta presence attise mon courroux !

La laide ! la soüillon ! la petite impudente !
C’est bien à telle gueuse à le faire six coups !
Je m’y passerois bien, moy qui suis presidente ! »

Jean Auvrey

« À Claudine » de Jean-Antoine de Baïf

 À Claudine

Extrait

Claudine, vieille harangere,
Je veux bien au vif, te pourtrere,
Et tes beautés, avec tes fleurs,
Peindre de toutes leurs couleurs.
Tu as le corps comme un conchon ;
Tu as le nez comme une guenon ;
Les yeux comme uncrapaud, la joue
Comme un singe qui fait la moue ;
La bouche comme un cul de poule,
Et le monton comme une boule
(Si la poule était effondrée
Et la boule mal rabotée) ; Continuer la lecture de « « À Claudine » de Jean-Antoine de Baïf »

Réponse de Claude Bectone à Bonaventure des Périers

Réponse à « Chanson » de Bonaventure des Périers

Si chose aimée est toujours belle,
Si la beauté est éternelle,
Dont le désir n’est à blâmer,
On ne saurait que bien aimer.

Si le coeur humain qui désire
En choisissant n’a l’œil au pire,
Quand le meilleur sait estimer,
On ne saurait que bien aimer.

Si l’estimer naît de prudence,
Laquelle connaît l’indigence,
Qui fait l’amour plaindre et pâmer,
On ne saurait que bien aimer.

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« Chanson » de Bonaventure Des Périers

Chanson

 À Claude Bectone, Dauphinoise.

Si Amour n’était tant volage
Ou qu’on le pût voir en tel âge
Qu’il sût les labeurs estimer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour avait connaissance
De son invincible puissance,
Laquelle il oit tant réclamer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour découvrait sa vue
Aussi bien qu’il fait sa chair nue,
Quand contre tous se veut armer,
On pourrait bien sans mal aimer.

Si Amour ne portait les flèches
Dont aux yeux il fait maintes brèches
Pour enfin les coeurs consommer,
On pourrait bien sans mal aimer.

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« Amour en Cage » de Sybille Rembard

Amour en Cage

Au clair de la lune...
Au clair de la lune…

T’abreuvant à mes lèvres
calice argenté
désir
tu emprisonnes le fruit mûr de ma tendresse
Derrière la lanterne tes yeux seuls regardent ma fleur solitaire
éclore
Derrière les barreaux de la passion
ton regard d’opale
frémit
Tu as compris
c’est notre dernière cène
Me transformant en Physalis
écrin de volupté
j’étoufferai
apaisée

Sybille Rembard

Beauté Fractionnée

Crédit Photo : images issue de la galerie de ImAges ImprobAbles

« Les Séparés » de Marceline Desbordes-Valmore

 Les Séparés

Les Feuilles Mortes
Les feuilles mortes Par Sillar

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !

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