« Viens sur moi… » de Gisèle Prassinos


Viens sur moi sans tes genoux vides
Essaie sans tes doigts que je baise
D’ouvrir ce petit lit lourd de blancheur
J’y ai mis de la braise.
Un souffle chaud de ceux qu’on trouve à la campagne
L’occupe et nous le fait aimer.
Le matin y plonge sans cesse
Avec des fleurs et du papier d’argent.
On sent sous la toile une odeur de foin coupé
Qui monte dans la tête de ceux qui le regardent.
Écoute-moi ne t’amuse pas à me lancer loin de toi
Admire un peu un objet
Que j’ai confectionné avec ma peau et mon corps engourdi.

Gisèle Prassinos
« Facilité crépusculaire »

« Chant d'Amour (IV) » d'Alphonse de Lamartine

Chant d’Amour (IV)

Pourquoi de tes regards percer ainsi mon âme ?
Baisse, oh ! baisse tes yeux pleins d’une chaste flamme :
Baisse-les, ou je meurs.
Viens plutôt, lève-toi ! Mets ta main dans la mienne,
Que mon bras arrondi t’entoure et te soutienne
Sur ces tapis de fleurs.


Aux bords d’un lac d’azur il est une colline
Dont le front verdoyant légèrement s’incline
Pour contempler les eaux ;
Le regard du soleil tout le jour la caresse,
Et l’haleine de l’onde y fait flotter sans cesse
Les ombres des rameaux.

Entourant de ses plis deux chênes qu’elle embrasse,
Une vigne sauvage à leurs rameaux s’enlace,
Et, couronnant leurs fronts,
De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage,
Puis sur des champs coupés de lumière et d’ombrage
Court en riants festons.

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« Le chemin de l'amour » de Sabine Sicaud

Le chemin de l’amour

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d’accent, de cœur et d’âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m’as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t’avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu’oserait le ciel contre nous maintenant ?

Sabine Sicaud

Chemin Amour
The Ocean Path Par Gilderic Photography

« À Une Robe Rose » de Théophile Gautier

À Une Robe Rose

Pernette
Portfolio Collection – Nathalie’s piece #05 Par StopGAP Dance Company

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un cœur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

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« Le condamné à Mort » de Jean Genet

Le condamné à Mort

Extrait

Rocher de granit noir sur le tapis de laine,
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t’allonge tranquille au bord de sa fontaine.

Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l’enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve.
Suce mon membre dur comme on suce un glaçon.

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« Au beau tétin » de Raoul Fornier

Au beau tétin

Femme aux Yeux Bleus
Stormy Daniels by Thomas Hawk

Plein de beautés, comme mon cœur t’adore !
C’est aussi la raison que ma plume t’honore.
Tetin, le vrai flacon où les souverains dieux
Cachent le cher trésor du nectar précieux ;
Tetin, tu es le pis de la blanche Inachide,
Que Juppin viola dans le bois Aemonide.
Es-tu pas l’entonnoir dont le dieu Cupidon
Fut servi, pour verser mainte perfection,
Au boucault 
de son corps en sa première enfance !
Tu es un mont de neige, un cornet d’abondance,
Que les dieux ont rempli de leur divinité
Autant qu’en eût jamais aucune autre beauté.
Car même ce n’est rien de l’antique Pandore,
Au prix d’un seul tetin qui la nôtre décore.
Au bout de ce cornet apparaît un bouton
Qui surpasse la rose en son beau vermillon.
Tu es le vrai soufflet du fourneau de mon âme,
Où l’amour respirant fait renaître ma flamme.
Tu es l’ambre vivant qui attire à toi
Par secrète vertu mes amours et ma foi.
Tu es le blanc carquois des flèches Paphiennes, 

Tu es le peloton qui dévide mes jours,
Tu es le globe rond, où un monde d’amours
Heureusement enclos, fait glisser en mon âme,
Par moyens inconnus une invisible flamme.
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« Le beau tétin » de Clément Marot

Le Beau Tétin

[singlepic id=102 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,

Tétin de satin blanc tout neuf,

Tétin qui fais honte à la Rose

Tétin plus beau que nulle chose

Tétin dur, non pas Tétin, voire,

Mais petite boule d’Ivoire,

Au milieu duquel est assise

Une Fraise, ou une Cerise

Que nul ne voit, ne touche aussi,

Mais je gage qu’il est ainsi:

Tétin donc au petit bout rouge,

Tétin qui jamais ne se bouge,

Soit pour venir, soit pour aller,

Soit pour courir, soit pour baller;

Tétin gauche, tétin mignon,

Toujours loin de son compagnon,

Tétin qui portes témoignage

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« Le jet d'eau » de Charles Baudelaire

Le jet d’eau

[singlepic id=126 w=240 h=320 float=right]Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reste longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante
Où t’a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d’eau qui jase
Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase
Où ce soir m’a plongé l’amour.

La gerbe épanouie
En mille fleurs,
Où Phoebé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie
De larges pleurs.

Ainsi ton âme qu’incendie
L’éclair brûlant des voluptés
S’élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s’épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente
Descend jusqu’au fond de mon cœur.

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