« Une Jeune fille » – Victor Hugo

Une jeune fille

Une Jeune Fille
Jeune fille vert amande Par Fabienne Félix

J’aime. Ô vents, chassez l’hiver.
Les plaines sont embaumées.
L’oiseau semble, aux bois d’Aser,
Une âme dans les ramées.

L’amante court vers l’amant ;
Il me chante et je le chante.
Oh ! comme on dort mollement
Sous une branche penchante !

Je m’éveille en le chantant ;
En me chantant il s’éveille ;
L’aurore croit qu’elle entend
Deux bourdonnements d’abeille.

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« Comme la licorne » – Thibault de Champagne

Je suis comme la licorne

[singlepic id=128 w=320 h=240 mode=web20 float=right]Je suis comme la licorne
En extase devant la jeune fille
Dont elle ne détache pas ses regards.
Elle éprouve un si doux malaise
Qu’elle tombe sans connaissance en son giron.
Alors on la met à mort par traîtrise.
De même Amour et ma dame
M’ont blessé à mort, en vérité :
Ils ont mon cœur et je ne puis le reprendre.

Dame, quand je fus devant vous
Et que je vous vis pour la première fois,
Mon cœur tressaillit tant
Qu’il vous resta à mon départ.
Je fus alors emmené sans demande de rançon,
Captif dans la douce prison
Dont les piliers sont faits de désir,
Les portes de beaux regards
Et les anneaux de bon espoir.

Amour a la clé de la prison
Et il y a placé trois portiers.
Le premier s’appelle Beau Semblant
Et Amour a fait de Beauté leur maîtresse.
Il a mis Danger devant la porte,
Un vilain, affreux, traître, dégoûtant,
Un gueux, un scélérat.
Ces trois-là sont rusés et hardis,
Ils se saisissent vite d’un homme.

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« Quand en songeant ma folâtre j'acolle » – Pierre de Ronsard

Quand en songeant ma folâtre j’acolle

Délicate cambrure
Délicate cambrure, par Alpha du Centaure

Quand en songeant ma folâtre j’acolle
Laissant mes flancs sur les siens s’allonger,
Et que, d’un branle habilement léger,
En sa moitié ma moitié je recolle !
Amour, adonc si follement m’affole,
Qu’un tel abus je ne voudroi changer,
Non au butin d’un rivage étranger,
Non au sablon qui jaunoie en Pactole. Continuer la lecture de « « Quand en songeant ma folâtre j'acolle » – Pierre de Ronsard »

« Les Yeux d'Elsa » – Louis Aragon

Les Yeux d’Elsa

Ses Yeux
L’ENCRE DE SES YEUX … Par gmayster01 on & off …

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

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Première Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens

Quand je parlerais les langues des hommes et des Anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Continuer la lecture de « Première Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens »

« Ophélie » – Arthur Rimbaud

Ophélie

[singlepic id=129 w=240 h=320 mode=web20 float=right]

I

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or. Continuer la lecture de « « Ophélie » – Arthur Rimbaud »

Lettre de Victor Hugo à Léonie Biard

Samedi – trois heures du matin.

[singlepic id=113 w=240 h=320 mode=web20 float=right]Je rentre. J’ai ta lettre. Cette douce lettre, je l’avais lue aujourd’hui dans tes yeux. Que tu étais belle tantôt aux Tuileries sous ce ciel de printemps, sous ces arbres verts, avec ces lilas en fleurs au-dessus de ta tête. Toute cette nature semblait faire une fête autour de toi. Vois-tu, mon ange, les arbres et les fleurs te connaissent et te saluent. Tu es reine dans ce monde charmant des choses qui embaument et qui s’épanouissent comme tu es reine dans mon cœur. Continuer la lecture de « Lettre de Victor Hugo à Léonie Biard »